
La réponse ici :
http://www.ted.com/talks/chimamanda_adichie_the_danger_of_a_single_story.html
Merci à Chimamanda Ngozi Adichie.
Bonne écoute !

Entrevue avec :
M. Aziz Salmone Fall
(que ses amis appelent Z tout simplement)
Aziz S. Fall est aussi reconnu par sa grande disponibilité ainsi que pour son intégrité, son professionnalisme, son humilité et sa simplicité. Mais peu de gens ici connaissent son passé de batteur dans les années 1975 à 80, alors qu’il jouait avec son frère guitariste pour le groupe « Damels », l’un des premiers groupes de Jazz fusion au Sénégal. Durant des années, ce groupe animait les intermèdes à la télé.
M. Aziz S. Fall, merci infiniment de bien vouloir répondre « à cœur ouvert » à nos nombreuses questions afin de nous permettre de mieux vous connaître et partager votre expérience avec vos frères et sœurs sénégalais et sénégalophiles. Nous savons qu’il n’est pas toujours facile de se livrer à cœur ouvert comme vous allez le faire, mais quelle joie de pouvoir partager son expérience personnelle de vie et de permettre à la communauté sénégalaise de se connaître mieux!
RGSC : Racontez-nous un peu votre vie au Sénégal.
Je crois que j’ai eu une enfance et une adolescence heureuse, mais préoccupée de la condition de mon peuple. J’étais rebelle, portait un collier que je m’étais fabriqué, des chemises et des pantalons modernes, mais des babouches. Les parents découragés haussaient les épaules. Mais derrière mon air d’artiste et de philosophe blasé, je cachais ma vie politique clandestine, mon faux nom, mes convictions, mes contacts, etc. D’ailleurs, je n’en ai parlé publiquement pour la première fois que chez moi l’autre jour, devant quelques compatriotes, alors que nous recevions l’ex-ministre Awa Dia Thiam de passage à Montréal. Nous faisions partie de la même cellule et je ne l’avais pas revu depuis l’adolescence. À la fin de celle-ci, pour m’éloigner de ces groupes radicaux, mon père m’avait recommandé sous les conseils de notre voisin le Dr Diallo, compagnon de Cheikh Anta Diop, de prendre la carte du RND. Je le fis, mais n’ai jamais vraiment milité dans ce parti. J’ai d’ailleurs quitté le pays peu de temps après, et jusqu’à présent ne suis membre d’aucun parti politique.
J’ai eu une éducation stricte. Peu de gens savent en effet ce qui suit. Mon père descendant de monarques du Baol et du Cayor semblait avoir des réserves à nous voir jouer de la musique, d’autant qu’à cette période des années 70, les groupes, même modernes, chantaient les louanges des gens pour de l’argent, comme des griots. Mon frère Bouba qui était un surdoué musical, s’était fabriqué une guitare, jouait déjà des airs de Santana et voulait visiblement en faire sa carrière. Le père a tout découvert un jour où il est arrivé à l’improviste et où nous jouions, un classique du répertoire local, Mane Sane Gissé, mais avec une touche jazz. Agréablement surpris, mais prudent, il nous a autorisé à ne jouer que la fin de semaine et à condition qu’il n’y ait aucune incidence négative sur notre cursus scolaire. Nous devions avoir autour de 11 –12 ans, jouions autodidactes aussi bien que des adultes, et on nous regardait dans le quartier avec curiosité. Nous sommes passés à la télé noir et blanc à Kaleidoskope à cet âge là avec des instruments acoustiques, sous le nom des Salmones -c’était l’époque des Jackson Five-. Jusque là c’était un jeu. Puis un jour, Tanor Dieng, qui était à l’époque instituteur de mon frère et se lançait comme impresario du Sahel, a convaincu notre père de lâcher un peu du lest et nous laisser essayer. Mais papa avait peur du milieu, de la drogue, de l’alcool et des fréquentations. Nous avons quand même formé un quartet avec comme bassiste Badou Diop et Jean Louis Thiam guitare d'accompagnement. Et dès que notre père allait chez sa co-épouse ou en voyage, on transformait la maison en salle de répétition, avec les moyens du bord, ressuscitant des magnétos et des transistors et en faisant des amplis. Moi j’avais construit ma propre batterie au début. Je suis reconnaissant à notre mère qui nous a beaucoup enduré. La vie privée était finie, bien des jeunes des quartiers environnants encerclaient la maison. Il y avait d’ailleurs peu de prestation en public : l’université, quelques lycées et évènements communautaires et une seule fois au théâtre Sorano, qui fut d’ailleurs un fiasco. Nous avons ensuite enregistré, dans des conditions modestes et fait, je crois bien, le premier vidéo play back de la TV sénégalaise avec Maguette Wade. La TV n’avait même pas le moyen, ce jour là, d’avoir des enceintes pour diffuser en plein air, et c’est avec un haut-parleur rustique dominé par le vent de la plage de Ngor, que nous devions reproduire notre propre musique. C’était plus dur pour moi, car si les autres n’étaient pas branchés à un ampli et devait correctement mimer les notes, je me devais, moi, de jouer à la batterie, pas trop fort pour qu’on puisse entendre tous. Des années durant, des extraits de cette cassette passèrent à la moindre panne ou interlude, y compris dans des pays voisins. On n’a jamais reçu une royalty dessus, on aurait peut être été riche. Je sais par contre que nous avons eu une influence discrète mais réelle sur bien des jeunes musiciens ou mélomanes, et même des artistes devenus célèbres depuis, comme Ismaël Lo, Cheikh Tidjane Tall, Wasis Diop Habib Faye de Youssou Ndour ou feu Prosper du Xalam… Aujourd’hui, parfois quand je peux me le permettre, je joue quelques instruments et les enregistre sur un logiciel multipistes. Je n’ai jamais perdu espoir de produire quelque chose juste pour le fun… mais je n’ai vraiment pas le temps…un jour peut être comme les gars de Buena Vista Social Club autour de 75 ans…si je tiens jusque là…
RGSC : Avez-vous voyagé avant d'arriver au Canada?
Oui, comme je l’ai dit dans ces pays arabes, mais aussi quelques escales en Europe et un bref séjour aux îles canaries.
RGSC : Quel fut votre cheminement pour arriver au Canada ? Pourquoi l'avoir choisi ?
Mes parents voyant ma politisation grandissante étaient convaincus que l’université de Dakar serait potentiellement dangereuse. D’ailleurs l’année avant le Bac, j’avais sans permis ni permission, pris la voiture de mon père pendant qu’il faisait la sieste, pour livrer des tracts de grève au pavillon de droit à l’université. Dans le virage, il y avait un type à motocyclette dans mon espace et en l’évitant, j’ai mordu sur le sable glissant. À l’allure où j’allais, j’ai fait un tonneau, abattu un des rares arbres de l’endroit. La voiture était une perte totale, je suis sorti indemne par la vitre arrière. Quand mon père a vu la voiture il a arrêté de me gronder, j’aurai dû y passer. Bref, ce fut un bon argument pour aller étudier ailleurs. Je voulais justement ne pas partir en France, comme bien de mes collègues. Une aversion pour le néo-colonialisme probablement. J’avais entendu parler de la déportation des acadiens et avais une certaine sympathie pour le Canada, puisque enfant je lisais les aventures de Blek le Roc (un rebelle patriote canadien français, d’ailleurs méconnu ici en raison de la censure canadienne). De plus un aîné, voisin et parent éloigné Lamine Fall y était depuis un petit moment et réussissait bien, tout cela plaida ma cause. J’ai pu dès l’obtention de mon Bac aller à Moncton au Nouveau Brunswick. Il y avait alors Dany Senghor, le seul sénégalais qui venait de quitter la ville, j’ai demandé à prendre sa chambre à la résidence universitaire.
C’était en 1982 et pour moi soudain une grande liberté, car malgré la musique etc., nos parents ne m’autorisaient que très exceptionnellement à sortir le soir ou à voyager seul. Ce fut donc l’aventure. La photo du prospectus universitaire donnait l’impression que Moncton était une grande ville. Comme j’arrivais par New York et Montréal, j’avais déjà une idée démesurée des villes, et je fus vite déçu de la taille de Moncton. Mais elle était très attachante, un îlot de francophonie, qui venait de perdre son journal local Evangéline, alors que l’université sortait d’une longue grève. Premier choc. Il y avait un ratio surprenant de gais, et beaucoup de filles par rapport aux hommes. D’ailleurs, c’est là au kachot, la boite du campus, qu’à ma première soirée, trois filles sont venues, tour à tour me demander à danser. Je croyais même que c’était une initiation de mes collègues de la Fac. Il n’en était rien. Quand on vient d’une époque où le bal obligeait d’asseoir les filles d’un côté et les garçons de l’autre, (et où il fallait se faire d’abord refuser une danse pour en obtenir la prochaine, pendant qu’un adulte allumait brusquement la lumière pour décourager les initiatives trop cavalières), une telle liberté est pour le moins inattendue.
J’avais vu la neige à Beyrouth, mais je me rappelle bien de la première fois ou j’ai gelé. J’étais allé avec un copain faire des courses en espadrille fin octobre et à notre retour, le mercure était tombé sous 0. Je me suis aperçu que quand je riais mon sourire restait figé comme un rictus. Arrivé en résidence, on a mis nos pieds transis devant le calorifère. Chose à ne pas faire. On apprend vite. Et comme je suis très mince, depuis lors l’hiver, je disparais sous bien des épaisseurs.
Aujourd’hui je fais du ski de fond, et résiste relativement bien. Je préfère toutefois le printemps à toutes les saisons.
J’ai tout de suite adopté le pays, y compris l’hiver que je continue d’apprivoiser surtout à compter de février. C’est un pays magnifique, avec une population attachante dont certains pans vit encore les complexes d’infériorités de toute nation qui a été aliénée et qui s’affirme. Les femmes semblent à prime abord plus ouvertes que les hommes, surtout si on ne partage pas le goût prononcé pour le hockey, la bière ou les voitures.
J’ai tout de suite sympathisé avec la cause des amérindiens, mis en réserves ou classifiés sur différents statuts, car ils ont servi à créer le modèle d’apartheid en Afrique du Sud. J’ai été dégoûté de voir que la caisse de dépôt de placement du Québec, comme bien d’autres intérêts économiques et politiques soutenaient l’apartheid. Il y avait alors des restrictions aux étudiants étrangers de faire de la politique, et les associations étudiantes africaines de l’époque respectaient relativement ces critères. Avec un groupe d’amis, j’ai alors fondé le GRILA (groupe de recherche et d’initiative pour la libération de l’Afrique) en 1984, et on s’est attelé à combattre ouvertement tous les lieux qui soutenaient l’apartheid. Très vite le GRILA a pris de l’importance, "backé" par l’ANC, et s’alliant à des organismes locaux. Nous avions la préoccupation qu’il ne fallait pas que les africains fassent partie du problème en étant ici une fuite de cerveau ou une simple courroie de reproduction de nos régimes politiques. C’était l’époque où l’ANC d’Afrique du Sud ou les mouvements de libération contre le colonialisme portugais ou pro-apartheid étaient ici considérés terroristes, mais aussi l’année de l’avènement de la révolution Sankariste en Haute-Volta qui devint Burkina Faso. Le travail s’est donc intensifié et diversifié. C’est ainsi que nous avons contribué à influencer la politique canadienne qui a fini par devenir le fer de lance de la lutte anti-apartheid en Occident, puisque Joe Clark, Walter Mc Lean et Brian Mulroney ont adopté notre plate-forme anti-apartheid.
Nous avons donc vécu l’Afrique ici, tout en apprenant à connaître le Québec, à aider ses aspirations à l’autodétermination. Ce travail d’activisme m’a permis de sillonner le Québec et d’aller à la rencontre de sa société civile, et obtenu de faire de Montréal une ville anti-apartheid et même d’avoir un parc nommé Mandela, face au métro Plamondon.
RGSC : Pourriez-vous nous présenter votre famille?
Mon père Salmone Fall a grandi élevé par sa grand-mère à St- Louis, et a peu connu son père, gazé à la première guerre mondiale. Il a fait la seconde guerre mondiale dans la marine, a été coulé à Dunkerque et a survécu avec une poignée de soldats dans les eaux froides. De retour en Afrique, comme bien des jeunes panafricanistes, il a vite compris que la France ne favoriserait pas de grands ensembles politiques ni ne permettrait d’indépendance totale. Il s’est alors opposé puis a fuit chez son ami Lumumba au Congo, qui l’a naturalisé congolais et envoyé comme ambassadeur au Caire. Quand Lumumba a été assassiné, mon père a rapatrié sa femme Pauline et ses enfants au Caire. C’est là qu’il a rencontré ma mère. Elle venait de finir ses études d’histoire et géo à l’université du Caire et travaillait dans une agence de traduction durant la période des vacances. L’année d’avant Kwamé Nkrumah avait épousé une égyptienne, et donc le mariage de mes parents sous les auspices de Nasser a été un autre évènement cairote. Ensuite le Sénégal lui a donné sa nationalité et nommé en poste en Arabie saoudite et au Liban. Mais il savait qu’il ne pourrait pas tenir longtemps avec le régime senghorien et il a vite démissionné. Il a vendu ses biens et hypothéqué sa maison pour se lancer dans une entreprise de camions. A l’époque, le secteur était un monopole du régime et son affaire a coulé à pic un an plus tard. Il y a tout perdu, et ce fut une période dure où ma mère a donc été contrainte de travailler pour que la famille joigne les deux bouts, ce qu’elle fit comme professeur d’arabe au Lycée des jeunes filles de Kennedy et formatrice à l’école Normale supérieure. Maman est une femme très pieuse, de santé délicate, qui vit depuis sa retraite quasiment cloîtrée dans sa maison à prier, surtout pour nous. Elle nous a donné une solide formation coranique, mais avec une très grande ouverture d’esprit en ce sens qu’elle a accepté de débattre philosophiquement des mystères métaphysiques et des paradoxes de notre religion. Mes parents sont vraiment mes modèles, et je suis fier de les aider à mon tour. Leur intégrité, leur humanisme et leur volonté de répandre le bien autour d’eux m’influencent quotidiennement. Nous leur sommes gré mon frère Malick qui vit à Milan, ma sœur Fatma qui vit à Dakar et mon frère Bouba qui est ici avec moi. Nous sommes une famille très unie, d’une part par le caractère métisse de notre éducation et l’attachement que nous nous portons.
RGSC : Parlez-nous de votre domaine professionnel
Je suis politologue spécialisé en relations internationales. J’ai enseigné dans différentes universités (Sherbrooke, Trois Rivières, McGill et l’UQAM). En réalité, cette discipline est pour moi le prétexte à une ouverture à la multidisciplinarité. Je crois que je resterais un éternel étudiant. Bien sûr, il peut être flatteur de s’entendre dire qu’on a un savoir encyclopédique, mais moi je sais que plus j’apprends, plus je découvre combien j’ignore bien des choses. Alors je partage et continue d’apprendre. Comme consultant, j’apparais souvent dans les média et des conférences, mais j’ai un rôle plus actif et caché auprès de partis et d’hommes politiques ici et en Afrique. Dans le cadre du GRILA, je coordonne la première campagne africaine contre l’impunité -l’Affaire Sankara- avec 21 avocats et plusieurs personnalités comme Jean Ziegler, Edgar Pisani, etc. Après avoir épuisé les recours nationaux, l’affaire est pendante aux Nations Unies, où nous avons gagné sur l’admissibilité. J’ai coordonné le réseau contre l’apartheid, et je suis membre de quelques conseils d’administration, notamment le Centre de recherche Ryerson et la fondation Aubin que je préside.
RGSC : Quels sont vos intérêts et passions ? Qu'aimez-vous particulièrement?
L’Afrique, l’internationalisme, la justice sociale, ma famille, la nature.
Je me suis impliqué dans la vie politique d’une bonne quinzaine de pays africains. Au Sénégal, j’ai d’abord participé à un front pour l’alternance qui a contribué à la chute du régime Diouf. J’ai ensuite fondé avec mon camarade Ndongo Faye le mouvement des assises de la gauche au Sénégal, et une formidable équipe l’a construit. C’est dans l’histoire de la sous-région, le plus vaste projet de regroupement des partis de la mouvance progressiste au Sénégal qui tente de faire travailler ensemble plus de 80 formations politiques (www.reewmi.org). C’est un projet qui me tient à cœur. Au niveau panafricain, j’ai rédigé la première critique annotée du NEPAD, car je considère que l’Afrique fait fausse route avec ce projet et devrait plutôt avec l’Union africaine se doter d’un plan continental de développement tourné sur ses potentialités internes du continent d’abord, dans une perspective panafricaniste et autocentrée. J’aime la pensée critique de Marx, Cheikh Anta Diop, Ché Guévara, Cabral, Samir Amin, Kocc Barma Stephen Hawking, Hubert Reeves. Je crois appartenir à une génération multidisciplinaire d’internationalistes, hélas en voie de disparition. J’adore l’égyptologie l’astrophysique, la psychologie, l’écologie, la musique et le Foot-Ball. Je suis émerveillé par les dimensions de nos univers, par l’infiniment petit comme l’infiniment grand et peux passer une éternité à contempler une abeille travailler.
RGSC : Vous êtes président du GRILA (Groupe de Recherche et d’Initiatives pour la Libération de l’Afrique, www.grila.org ), pourriez-vous nous parler de cette organisation.
Non, je n’y suis que membre, il n’y a d’ailleurs pas de président au GRILA. C’est un groupe qui fonctionne sur le modèle de collectifs (sorte de comités sur des problématiques ou des évènements ponctuels). Le GRILA est une nébuleuse politique qui a des sections à Montréal, Toronto, Niamey, Dakar et Paris et beaucoup de sympathisants de par le monde. Nous ne sommes pas subventionnés et tous les camarades qui viennent autant d’Afrique qu’ils peuvent être chinois ou occidentaux y mettent du leur et ça marche. Dans ces vingt ans nous avons réalisé beaucoup de choses, des luttes pour la libération de prisonniers politiques à la confection de matériel électoral pour des partis politiques amis; du travail de lobby, ou de dénonciation que ce soit l’apartheid, de Shell au Nigeria, le pillage au Congo; la promotion de l’émancipation des femmes et le changement des mentalités masculines. Nous avons 2 émissions de radio, celle de Montréal s’appelle Amandla et émet en français et en anglais sur le web et sur bande FM le mercredi 19 h au 90,3. Nous réagissions aussi à des crises, comme récemment dans l’affaire Mailloux.
RGSC : Quelles sont vos "idoles"? Quelles personnes admirez-vous profondément?
Avec mes parents, Imhotep, Lamine Senghor, Mandela, Amin, Ché Guevara, Rosa Luxembourg, Cheik Anta Diop, Samory Touré, mais surtout les millions d’anonymes qui luttent dans l’adversité et le dénuement silencieusement en Afrique et qui pourtant gardent une vitalité et un optimisme existentiel.
RGSC : De quelle façon avez-vous entendu parler du RGSC ? Comment vous y êtes-vous intéressée?
Incidemment, j’étais à son assemblée de création. Ceux qui s’en souviennent savent que je m’étais objecté sur la stratégie, en arguant qu’il fallait d’abord regrouper les délégués de chaque association des villes canadiennes. Le temps a finalement donné raison à l’approche de ceux qui ont finalement bâti et fait évoluer le regroupement. En raison de mon groupe, dont une des exigences est de ne pas appartenir à une association nationale pour les postes d’autorité, je ne peux donc y participer pleinement.
RGSC : Enrichi de votre expérience personnelle, quels conseils donneriez-vous aux nouveaux arrivants?
Rester soi-même tout en apprenant à s’intégrer, et si on fait des enfants, leur inculquer aussi nos valeurs les plus nobles. Il faut aussi respecter les valeurs de l’accueillant. Le Québec est en construction et si ces arrivants veulent rester et y participer, il faut donc s’engager et revendiquer sa place. Autrement, il suffit de s’adapter en respectant les gens et en se faisant respecter. Il ne faut en tous cas jamais déconnecter de l’Afrique. Il faut toujours se demander en quoi est ce que je puis être utile pour ceux qui sont sur le continent. Il faut aussi apprendre à connaître et respecter les africain-américan-E-s de la diaspora. Aux jeunes, je dis de se méfier de la drogue et des fréquentations douteuses surtout basées sur l’argent.
RGSC : Quel message aimeriez-vous communiquer à l’ensemble des sénégalaises et sénégalais qui sont au Canada?
De continuer le remarquable travail, d’être les ambassadeurs de notre pays et de l’Afrique et savoir souvent que nul n’est prophète chez soi et que cet endroit peut être un tremplin. Je leur dit de suivre les traces des Bara Mbengue, Oumar Dioume, Ousseynou Diop, Aloïse Ndiaye, Khadiyatou Fall, Mountaga, Lamine Fall, Aloïse Ndiaye, Aly Sow, Amadou Oury, Aoua Ly, Gaby Sylla et bien d’autres qu’il serait long de mentionner ici, qui nous font honneur et qui sont des modèles.
Je demande à nos concitoyens de s’impliquer politiquement pour sortir le Sénégal de la crise. Et ceux qui sont progressistes de soutenir la démarche du MAG.
Un pays de paradoxes qui occupe historiquement de par ses cadres et ces moyens une position enviable dans plusieurs secteurs de la mondialisation. Je crois que le Sénégal, malgré son potentiel, s’est enfermé dans une impasse en raison de manque de projet de société, d’errements politiciens, de l’ajustement structurel et de plusieurs facteurs de sous-développement inhérents, autant à notre insertion dans la division internationale du travail que nos propres contradictions. Il y règne un mélange d’affairisme, d’instrumentalisation de la religion, de sexismes, de mœurs parfois rétrogrades (le social narcissisme, le culte ostentatoire, l’obscurantisme) et des petites politiques qui en font un cocktail défavorable aux masses et au développement. Notre peuple du fait d’avoir été exposé tôt à l’impérialisme y a contribué comme s’y est opposé. C’est une ambivalence qui perdure. C’est un pays qui perd un nombre considérable de cadres, cerveaux et forces productives. Le pays vit sous perfusion par les fonds des bailleurs de fonds et des sénégalais de l'extérieur, et le régime de l'alternance gère en fait l'enlisement, ce qui est bien, mais trés insuffisant au regard de la demande sociale et des exigences de notre développement. Un autre projet de développement, tourné sur le relèvement du niveau de vie des masses laborieuses, des femmes et des jeunes, est le seul qui pourrait infléchir le destin de notre pays en dehors des sentiers tortueux affairistes qu’il s’évertue d’emprunter. De toutes les façons, il n’y a pas pour moi peu d’espoir pour nos petits Etats en dehors du panafricanisme. Je crois que notre génération doit absolument réussir l’Union africaine. Le Sénégal en sera un des grands acteurs et bénéficiaire. J’espère surtout que les femmes et les jeunes y joueront un plus grand rôle.
Je vais peut être choquer des gens, ni l’un ni l’autre, je me sens plus citoyen planétaire pétri de valeurs sénégalaises, égyptiennes, canado-québécoises certes, mais sans avoir développé une appartenance frileuse à aucune d’elles. En fait, je crois que j’ai un petit problème avec les nationalismes, quoique dès qu’il s’agit de défendre la patrie, je suis aux premiers rangs. Je sais c’est paradoxal, mais je défends les autres pays d’Afrique comme si c’était les miens, au point même que des burundais, des sud-africains m’ont pris pour un des leurs. Disons que j’appliquerai bien pour un passeport transnational s’il existait!
RGSC : Quels sont vos rêves, vos ambitions et vos projets?
Je me suis fait quelques ennemis, mais j’aimerai tout de même pouvoir vivre assez longtemps pour continuer de participer à la construction de l’Afrique et à une autre mondialisation. Et si ce n’est pas trop demander, finir sur une île dans mes vieux jours et y vivre écologiquement de façon autosuffisante entouré de gens que j’aime.
RGSC : Nous aimerions que vous puissez formuler vous-même le mot de la fin de cette entrevue…
RGSC :
Encore un grand merci Aziz Fall d’avoir bien voulu participer à cette entrevue et d’avoir accepté de vous livrer ouvertement au profil de nos lecteurs sénégalais et sénégalophiles. Merci de nous avoir permis de vous connaître mieux.
Au nom du RGSC et de toutes vos consœurs et tous vos confrères africains, merci de combattre pour la justice et l’équité. Votre dévouement inlassable est un exemple à suivre et nous vous en sommes profondément reconnaissants.
Propos recueillis par Julie "Bintou" Bienvenue webmaster@rgsc.ca
Lorsqu’un homme de plume cède à l’invitation d’écrire sur un sujet qui préoccupe sa communauté, il court presque toujours le risque de la connivence qui aliène sa liberté de penser. C‘est ce que j’ai ressenti en lisant le commentaire me priant de parler du problème de l’énergie, des inondations, de la mal gouvernance du Sénégal, ce grand malade au chevet duquel se bousculent charlatans et charognards.
Que dire de nouveau sur les coupures d’électricité, les dégâts de la pluie et leur prise en compte ? Jusqu’ici trois attitudes ont été en compétition: l’appel aux armes, le rappel à Dieu et l’amateurisme. Attitudes exploitées avec plus ou moins de bonheur par l’opposition, les leaders religieux et les pouvoirs publics. Pour chacune de ces entités, tout désastre constitue un fonds de commerce virtuel ou offre l’occasion d’un règlement de comptes.
- « On vous avait prévenu, c’est un gouvernement d’incapables », rugit l’Opposition
- « Nous gérons vos cinquante ans d’échec », retorquent les tenants du nouveau régime
- « Lavons les cœurs », pontifient Doomi Soxna” et Enfants de Marie, sans nous dire avec quel détergent.
De l’autre côté, les gardiens des bois sacrés, réclament des sacrifices… Mais il semble que poulets et cabris ne fassent plus l’affaire. Du moins, si l’on en juge par les rumeurs de sadisme qui caractérisent les meurtres enregistrés quotidiennement.
Finalement, le peuple que tout ce beau monde veut guérir ou dévorer devient mécréant, au sens intuitif du terme, juste par instinct de survie.
De quoi souffre la société sénégalaise ? De deux graves malentendus:
1) l’imposture qui consiste à présenter l’Etat comme un bienfaiteur
2) l’inadéquation entre discours politique et entendement populaire.
Lorsqu’un intellectuel en langue française et aux idées importées dénonce, auprès du peuple, le train de vie de l’Etat, la gestion patrimoniale du pouvoir et ses allures monarchiques, il perd de vue que cela correspond exactement à la perception traditionnelle du pouvoir par les populations : « Buur déy yéwéen », « Nguur deñ koy donn ». Ces deux mots wolofs clés que sont yewen (généreux) et donn (hériter) associés à Buur (roi) dérivé de nguur (royaume) sont les termes en usage pour traduire l’Etat et son chef. Si cet intellectuel, « étranger » chez lui, connaissait mieux ses réalités, il se serait d’abord soucié d’expliquer aux populations ce qu’est une république et ce qui la différencie d’une monarchie.
A l’exception d’un ou deux partis, l’Opposition qui fonctionne également avec les mêmes idées importées n’a pas non plus conscience du décalage entre son discours et l’entendement populaire. Elle exploite les mouvements d’humeurs des populations plutôt que de leur dire, par exemple que la rue publique n’est pas « mbeddu buur », que les deniers publics ne sont pas « alalu buur », que tout appartient au peuple, que l’Etat n’est propriétaire de rien et que les actions inhérentes à ses charges ne sont pas des faveurs dont il devrait attendre un tribut de gratitude sous forme de d’allégeance ou de suffrages.
La presse qui eût pu jouer les vigiles regorge davantage de valets de chambre que de professionnels motivés par l’information critique et l’éveil des consciences. Elle contribue, à dessein ou par maladresse, à la personnalisation du Pouvoir dont les moindres faits et gestes sont relatés avec une emphase publicitaire qui frise l’indécence : « Wade prête son avion à l’Equipe nationale » en lieu et place de « l’Etat met l’avion de commandement à la disposition de… » Idem, lorsque sa femme ou son fils offre des billets de voyage à la Mecque. Autant de formulations linguistiques qu’il convient de réajuster.
Aussi longtemps que nos politiciens de rhétorique et de slogans, les clubs d’intellectuels déphasés ne feront pas comprendre aux populations qu’elles ne doivent rien à l’Etat mais que c’est plutôt ce dernier leur serviteur et obligé, jamais ne s’estomperont les malentendus.
Le diagnostic de nos maux commande également d’avoir le courage de démystifier les mythes, de mettre un terme aux populismes manipulateurs… Cesser de croire à l’inaltérabilité de nos valeurs traditionnelles. Notre peuple n’est ni meilleur ni pire que d’autres. Nous avons des saints mais aussi des salauds, comme dans n’importe quel pays. Nous avons même des anarchistes pour qui « toute révolution commence par l’irrespect: “koo tudd, ñu daggal ko”.
Il est tout aussi malhonnête de faire croire que, par atavisme, les Sénégalais sont pétris de « jom », de « kersa », de tolérance. Ce stéréotypage, plus « carcéral » que galvanisant, empêche les remises en question salutaires et ne sert qu’à manipuler ou endormir une société.
Conformément à notre statut d’anciens Ceddos convertis, on se gargarise bruyamment des héros de l’Epique et des grandes figures religieuses, plutôt que de nous inoculer leurs vertus. Ce qui subsiste de l’héritage ne sont souvent que des velléités monnayables au naïf le plus offrant. Aujourd’hui, on adhère à un parti dont le leader sait se montrer généreux, on s’oppose plus par dépit que par conviction idéologique.
Yamar qui n’obtient pas gain de cause décoche une chanson ; Kakatar qui espère se rincer la dalle avec quelques gouttes du millésime américain se rend compte subitement que Gorgui est « le meilleur président au monde » et qu’il mérite d’être « Président à vie ». Malentendus, mystification, opportunisme ? La navigation entre ces destinations que sont la politique, la religion et les affaires fonctionne à merveille.
Amadou Gueye Ngom
Critique social
PS : la hache qui sectionne définitivement les branches pourries de l’arbre ne sera jamais comparable aux pluies illusoires qui les verdissent temporairement de mensonges.
Mars 2005
Entrevue avec : M. Papa Diop
Merci infiniment Papa Diop de bien vouloir répondre à nos nombreuses questions afin de nous permettre de mieux vous connaître et partager votre expérience avec vos frères et sœurs sénégalais et sénégalophiles. Nous savons qu’il n’est pas toujours facile de se livrer à cœur ouvert devant un public si nombreux, mais quelle joie de pouvoir partager son expérience personnelle de vie et de permettre à la communauté sénégalaise de se connaître mieux!
RGSC : Racontez-nous un peu votre vie au Sénégal.
J’ai fait mes études primaires à Cambérène, un village traditionnel layène (confrérie religieuse) près de Dakar. Ce passage à Cambérène a été très formateur et m’a profondément marqué. Les principales activités de la population « léboue » était la pêche et l’agriculture, tout le monde se connaissait et il y avait beaucoup de solidarité et un esprit communautaire.
Après l’école primaire, je suis allé au Lycée Blaise Diagne à Dakar et par la suite j’ai suivi un cours de fabrication mécanique au Centre de Formation Professionnelle de Thiès.
Juin 1970, c’est le décès de mon père qui coïncide avec la fin de mon cours. À 20 ans, étant l’aîné, je deviens chef de famille, je commence à travailler aux Chemins de Fer jusqu’à mon départ pour le Canada en décembre 1975.
RGSC : Avez-vous voyagé avant d'arriver au Canada?
Le Canada constitue mon premier voyage à l’extérieur du pays.
C’est un pur hasard. En 1973, avec des amis, nous avions trouvé dans une vieille revue qui venait de la France que le Canada, l’Australie et les Etats-Unis étaient à la recherche de travailleurs qualifiés. J’ai photocopié le formulaire et fait ma demande, sans trop y accorder d’importance. Quelles furent ma joie et ma surprise quand j’ai reçu une réponse et c’est à ce moment que les démarches ont commencé et au bout de trois mois, je recevais mon visa d’immigrant. Je prends 3 mois de vacances que j’avais accumulés et je me suis dit je n’ai rien à perdre, je vais aller voir et si je me rends compte que ça ne fonctionne pas pour moi, je vais revenir reprendre mon boulot aux Chemins de Fer. Et cela fait presque trente ans que je vis au Canada.
Pourquoi le Canada? À cause de la langue française et du fait que le Canada a une bonne réputation dans le monde et principalement en Afrique. J’avais aussi entendu parler du Canada dans mes cours de géographie et lors des visites effectuées par le Président du Sénégal de l’époque Léopold Sedar Senghor.
Je débarque à Dorval le 15 décembre 1975, euphorique, le soleil était brillant et le sol couvert de belle neige blanche que je voyais pour la première fois, avec des habits d’été. Il faisait 30C quand je quittais Dakar, j’arrive à Montréal, on nous annonce qu’il fait -15C, premier choc, le deuxième c’est quand j’ai vu le soleil se coucher vers 16 h 30. Le lendemain de mon arrivée, je vais à l’assaut des magasins pour m’équiper en manteaux, bottes, mitaines, etc.…
Je commence à prendre le métro pour visiter les Centres d’emploi, mais il n’y avait presque pas d’offre d’emploi, les agents me disaient c’est à cause des fêtes de Noël, mais qu’après les fêtes ça reprendra. Après quelques jours de solitude, de dépaysement et de découragement, je me dis que j’ai mon billet retour et mon emploi qui m’attend et de toute façon il fait trop froid ici et je n’ai pas envie de chômer surtout avec la famille qui compte sur moi. J’appelle l’agence de voyages pour réserver, on me rappelle dans la journée pour me dire que Montréal New York, il y a de la place, mais New York Dakar, il fallait que j’attende une semaine ou une annulation.
Entre temps, j’appelle mes parents pour leur annoncer mon retour, c’est la panique, tout le monde m’appelle pour m’encourager et me réconforter, l’ambiance des fêtes aidant je recommence à remonter la pente.
Le 6 janvier 1976, je décroche mon premier emploi dans une grande entreprise avec de bonnes conditions de travail, mais aux ressources humaines on me dit c’est un emploi temporaire de 3 mois seulement, je me suis dit : « j’y suis, j’y reste », finalement je travaille encore pour cette entreprise.
Personnellement, je peux dire que ça a été une belle aventure malgré les difficultés rencontrées au début je peux dire que c’est très positif et je ne regrette rien, je m’en suis très bien sorti jusqu'à présent; je sais que ce n’est pas le cas pour tout le monde. J’ai été très chanceux, mais mon cas n’est pas unique il y’a plusieurs autres qui se sont fait une place au soleil, donc il y’a de l’espoir, mais il faut être sérieux dynamique et persévérant.
RGSC : Pourriez-vous nous présenter votre famille?
RGSC : Quel est votre domaine professionnel?
Mon domaine professionnel est la fabrication mécanique, je travaille au service technique. J’ai été impliqué dans l’entreprise ou je travaille comme négociateur syndical. Je travaille aussi comme bénévole dans le milieu communautaire. Parallèlement à ces activités, durant les années 90, j’ai ouvert à Montréal deux restaurants (« Téranga » et « Découvrir le Sénégal ») pour faire connaître le Sénégal et sa gastronomie.
RGSC : Vous êtes le président de Omega Ressources Humaines. Parlez-nous de cette organisation?
ORH est un organisme à but non lucratif, laïc et indépendant dont les objectifs sont, entre autres, la sensibilisation à la diversité culturelle et ethnique, l’intégration économique et sociale des communautés culturelles, le dialogue des cultures et des civilisations et la mobilisation de la Diaspora pour le développement de l’Afrique.
Nous voulons créer un réseau pour aider à rapprocher les gens. Avec le bas taux de natalité au Québec. Montréal sera de plus en plus multiculturel, nous travaillons pour l’ouverture des esprits des uns et des autres, le respect des différences et une cohabitation plus harmonieuse entre les cultures et les religions.
Nous voulons aussi aider les membres de la communauté à trouver de bons emplois bien rémunérés et intégrer la fonction publique fédérale, provinciale et municipale. Nous avons besoin de bénévoles pour atteindre nos objectifs.
Voici notre site Internet : www.omegarh.org
RGSC : Quels sont vos intérêts et passions? Qu'aimez-vous particulièrement?
Je suis un passionné de football (soccer), sport que j’ai beaucoup pratiqué quand j’étais jeune, maintenant le corps ne suit plus. J’aime l’histoire et la lecture de biographies. Internet qui est un outil formidable. La bonne cuisine et les voyages.
RGSC : De quelle façon avez-vous entendu parler du RGSC et comment vous y êtes-vous intéressé?
Avant le RGSC, il y avait l’Association des Sénégalais du Canada dont je suis un des fondateurs avec d’autres sénégalais. Dans les années 80, j’ai été le président et nous avons eu à organiser des semaines culturelles et économiques, nous avons fait venir des artistes et des ministres pour faire la promotion de la culture et des possibilités d’investissement au Sénégal.
En 1993, l’Association, après plus de 13 ans, était en veilleuse. Vu l’importance pour une communauté d’un tel organisme, un groupe de jeunes et quelques doyens dont moi avons prit l’initiative de relancer les activités. De là est né le RGSC. Je félicite les jeunes qui ont pris la relève et qui font un travail extraordinaire.
RGSC : Enrichi de votre expérience personnelle, quels conseils donneriez-vous aux nouveaux arrivants?
Je leur dis que c’est possible d’avoir sa place au soleil, il faut croire en vous, être persévérant, ne pas vous décourager trop vite, tous les débuts sont difficiles, l’essentiel est d’être sérieux et de prendre votre place, si on a un rêve ou une passion d’aller jusqu’au bout, mais surtout d’être professionnel dans ce que l’on fait.
Je demande à l’ensemble de la communauté de s’impliquer dans le regroupement, étant donné que nous sommes de plus en plus nombreux et que l’union fait la force, nous allons pouvoir, selon nos moyens, faire sentir notre présence et contribuer à bâtir ce pays où nous avons choisi de vivre.
RGSC : Vous considérez-vous sénégalais ou canadien?
Quand je suis au Sénégal, on m’appelle le canadien, quand je suis au Canada, on m’appelle le sénégalais. Je dis souvent en boutade : « Je fais partie des sénégalais les plus canadiens et des canadiens les plus sénégalais». Le Sénégal est le pays de mes parents et de mes ancêtres et le Canada, le pays de mes enfants.
Je ne suis pas un spécialiste, mais selon mon expérience, je vais donner une vision personnelle :
Le Sénégal est un pays qui n’a pas de ressources naturelles, mais qui a beaucoup d’atouts importants : Une situation géographique exceptionnelle, un beau climat, la stabilité politique, une belle entente entre les différentes ethnies et confessions religieuses, la qualité des ressources humaines.
Le Sénégal peut devenir un pays émergent, sauf qu’il y a quelques préalables :
- Un changement radical de mentalités, c'est-à-dire plus de civisme, de discipline et de rigueur.
- Une diminution des dépenses de prestige dans les cérémonies familiales et sociales.
- Mettre l’accent sur la formation professionnelle et technique des jeunes.
- Créer les conditions pour que les immigrés aient confiance et investissent dans la création de PME PMI génératrices d’emplois, et donner un pouvoir d’achat à la population, ce qui conduira à augmenter le niveau de vie de la population et créer une demande de biens et de services, faire rouler l’économie et permettre à l’Etat aussi de prélever des taxes et des impôts pour les services publics.
- On prétend qu’il y a plus de 2 millions de sénégalais à l’étranger. Si chaque immigré crée deux emplois, ce sera plus de 4 millions d’emplois, on atteindrait le plein emploi au Sénégal. Mais il faudrait que l’on implique plus les immigrés dans la marche du pays et qu’on leur permette de mettre en pratique l’expérience acquise à l’extérieur.
- Une agriculture diversifiée axée sur l’autosuffisance alimentaire.
Si tout se passe comme prévu, je dois prendre ma retraite de mon emploi actuel. Je ne vais pas pour autant arrêter, au contraire je vais m’impliquer davantage pour l’amélioration des relations économiques, sociales et culturelles entre le Canada et le Sénégal.
Je vais tenter de reprendre la célèbre phrase du Président Kennedy : «Il ne faut pas se demander ce que votre pays peut faire pour vous, mais il faut plutôt se demander ce que vous pouvez faire pour votre pays»
Au Sénégal, je vais m’impliquer pour essayer de faire profiter mon expérience au pays.
À Montréal, nous allons travailler fort pour que Omega atteigne ses objectifs et réalise ses projets et essayer d’attirer des investisseurs canadiens au Sénégal. Je reviens d’un voyage de deux mois au Sénégal, je me suis rendu compte qu’il y a plusieurs secteurs très rentables pour des investisseurs potentiels.
Je tiens à féliciter le Bureau exécutif du RGSC qui fait un excellent boulot, ils doivent être encouragés et appuyés parce que c’est un travail exigeant et très ingrat. Le RGSC est un outil indispensable pour la communauté, il ne faut pas que l’on tombe dans le piège de l’individualisme, la solidarité est une de nos valeurs que l’on se doit de préserver.
RGSC :
Encore un grand merci Papa Diop d’avoir bien voulu participer à cette entrevue et d’avoir accepté de vous livrer ouvertement au profil de nos lecteurs sénégalais et sénégalophiles. Merci de nous avoir permis de vous connaître mieux.
Propos recueillis par Julie "Bintou" Bienvenue webmaster@rgsc.ca