lundi 12 janvier 2009
Potentiellement une source de crises politiques à venir
Les transferts de fonds des immigrés vers leur pays d'origine réduits par la récession
Yves Mamou - Le Monde du 05 Décembre 2008
La montée du chômage dans les pays développés due à la récession commence à avoir des conséquences indirectes sur les pays du Sud. Les travailleurs migrants, qui occupent souvent des postes non qualifiés, sont parmi les premiers à perdre leur emploi. Or une partie de leur salaire est transférée vers leur pays d'origine. Ainsi, en 2007, 190 millions de travailleurs migrants dans le monde ont fait parvenir à leur famille 318 milliards de dollars (environ 248 milliards d'euros), selon les statistiques de la Banque mondiale. Si l'on considère les seuls envois au Sud, ces transferts de fonds ont atteint 240 milliards de dollars. Entre 2000 et 2007, ces envois ont été multipliés par quatre. Mais depuis un an, la croissance s'est nettement ralentie et, en 2009, les transferts pourraient décliner. Un tiers d'entre eux ont concerné, en 2007, trois pays : l'Inde (27 milliards de dollars en 2005), la Chine (25,7 milliards) et le Mexique (25 milliards). Mais pour tous les pays du Sud, ces flux sont vitaux. La Banque mondiale estime qu'ils représentaient 17 % du produit intérieur brut (PIB) d'Haïti au début des années 2000 et 40 % du PIB somalien à la fin des années 1990. Les études de la Banque mondiale ont montré que l'argent des immigrés a contribué à réduire la misère. En Ouganda, la part de la population qui vivait en dessous du seuil de pauvreté s'est réduite de 11 % en 2005. Même si l'Afrique ne réceptionne qu'une part minime - 4 % seulement - de l'ensemble des fonds migrants, une réduction sensible de ces sommes commence à inquiéter la Banque africaine de développement (BAD). Celle-ci estime que les 15 milliards de dollars attendus en 2008 (14 milliards en 2007) pourraient faire défaut. D'ores et déjà, le Mbuzi ya Jamii (littéralement "une chèvre pour la famille"), qui permettait aux Kényans immigrés de payer en ligne des produits et services destinés à la famille restée au pays, a vu son chiffre d'affaires décliner, relève un rapport de la BAD. Les transferts de fonds à destination de l'Amérique latine et des Caraïbes se sont élevés à près de 60 milliards de dollars au cours de 2007. Soit une hausse à un chiffre entre 2006 et 2007 (6 %), alors qu'entre 2000 et 2006 la hausse a été de 19 % par an. La crise de l'immobilier aux Etats-Unis a fait grimper le chômage des Hispaniques à 8,8 % en octobre. Bien au-dessus de la moyenne nationale à 6,5 %. La Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes estime que, en 2009, 2 à 3 millions de migrants pourraient être contraints de rentrer au pays. La crise pourrait toutefois révéler une flexibilité nouvelle du marché du travail européen. Les 250 000 Polonais installés en Irlande depuis les années 2000 sont les premiers touchés par les licenciements. Mais les aides qui se déversent sur l'ensemble des pays d'Europe centrale pour les aider à passer le cap de la crise ont incité plus de 20 000 salariés polonais à rentrer au pays. Ce qui dégonfle les statistiques du chômage en Irlande et fait grimper celles de l'emploi en Europe centrale. Les violentes émeutes qui ont éclaté en Chine dans la province du Guangdong, fin novembre, après que des centaines d'ouvriers ont été licenciés par des fabricants de jouets, pourraient être un signe avant-coureur du climat à venir dans d'autres pays victimes de la chute des transferts d'argent. La bande côtière de la Chine importe massivement des travailleurs non qualifiés en provenance de l'immense arrière-pays. Selon Benoit Vermander, directeur de l'Institut Ricci de Taipei à Taïwan, "près de 150 millions de paysans chinois ont quitté leurs champs au cours de ces dernières années pour trouver un emploi dans le bâtiment, les usines de montage, etc.". Jusqu'à il y a peu, "ce nombre augmentait sans cesse", explique M. Vermander. Mais la mécanique s'est arrêtée. Officiellement, les statistiques du chômage indiquent une hausse légère de 3 % à 4 %. Mais elles ne couvrent que les Chinois munis d'une autorisation. Les "clandestins" se comptent, eux, par millions. Quant aux conséquences financières pour l'arrière-pays, elles sont difficiles à quantifier. "Les transferts ont lieu en liquide quand la personne retourne au pays. Mais cet argent a un rôle vital, il a permis de bâtir des maisons neuves, financer l'accès aux soins, des achats de bétail, l'école pour les enfants." Une manne qui est en train de subitement disparaître.
jeudi 8 janvier 2009
Quand la musique n'était pas danse
http://www.seneweb.com/news/chroniqueagn.php?artid=20386
Quand la musique n'était pas danse
Entendons-nous: danse, je veux dire au sens ludique et frivole du terme. A titre d’exemples, le dandinement majestueux du « ndawrabin », rituel d’exhortation lebou n’a rien de commun avec les déhanchements lascifs, voire érotiques du « arwatam » laobe ou « ndaga » saloum saloum.
Les civilisations de l’écriture ont, par rapport à celles de l’oralité, l’avantage de références historiques vérifiables et sur la trame desquelles se tissent indéfiniment l’évolution d’une société.
Chez les détenteurs de ce legs, tout musicien contemporain sachant lire le solfège est en mesure de faire revivre des périodes antérieures aux technologies d’enregistrement.
D’où la difficulté pour l’Africain sans héritage ou tradition scripturale d’attester de l’authenticité des musiques datant de plus d’un siècle. Que jouait-on, en telle ou telle circonstance, sous Samory, Béhanzin, Lat Dior ou Alboury et avec quels instruments ? Les ethnomusicologues se perdent en conjectures…
Au Sénégal, les premières archives sonores authentifiables remontent seulement à 1946, date d’implantation de Radio Dakar sous l’ancienne AOF (Afrique Occidentale Française).
Dans notre paysage urbain, l’on semble davantage incommodé par la pollution des déchets organiques que par la pollution sonore autrement plus nocive. Lieux de promenade, marchés, transports publics sont envahis de décibels agressifs. A ces nuisances s’ajoute le terrorisme des chaines FM dont la plupart des animateurs rivalisent dans indigence d’idées comme de culture musicale pour nous faire oublier ou ignorer des éléments significatifs de notre culture.
Il en est ainsi des Kasak aux circoncis, rituels d’initiation rythmés de tam-tam auxquels tout mâle ayant une bonne voix et connaissant le répertoire des chants de circonstance pouvait prendre part. Nombre de vocalistes contemporains furent découverts à l’occasion des séances de Kasak. On peut citer Assane Ndiaye l’ancien, Feu Laye Mboup, Thione Seck et même Youssou Ndour.
Avant sa sortie de «la case des hommes» le circoncis devait mémoriser et réciter sous le fouet du Selbe-initiateur les paroles d’exhortation inculquées durant les séances qui ne se déroulaient que de nuit.
Une autre épreuve, celle là réservée aux femmes, est le tatouage, encore pratiqué, de la gencive et/ou des lèvres chez les femmes de plusieurs ethnies du Sénégal mais de moins en moins chez les wolofs plus perméables à l’occidentalisation.
L’écrivain sénégalais Ken Bugul rappelle dans son roman Riwan que « le tatouage consolidait les gencives et donnait des dents éclatantes. »
Renouvelable comme soin cosmétique, le tatouage marquait initiatiquement la puberté d’une jeune fille. L’opération consiste à pigmenter, au moyen de kaolin et d’épines provenant du sump-jujubier la surface à tatouer. Les épines garrottées ensembles sont appelées fagot.
Les griottes exhortent les vertus de la « patiente » en chantant ses louanges tout en frappant de la paume ou du bout des doigts une calebasse renversée sur une bassine remplie d’eau. Le fagot qui s’émousse est aussitôt remplacé par une toute fraîche. La fille est jugée sur le nombre de fagots reçus sans crier ni même tressaillir. Les hommes, quoiqu’absents du rituel n’en étaient pas moins présents, virtuellement s’entend car leur parviendra la rumeur concernant celle qui s’est comportée avec ou sans courage dans l’épreuve, aune d’éligibilité au mariage.
Au fil du temps, les épines seront remplacées par des aiguilles à coudre (une vingtaine environ) garrottées ensemble. Suite à de nombreux cas d’infection, voire de tétanos, depuis l’usage du métal, le tatouage ne fait plus recette.
N’oublions pas le « Ndëpp » cérémonie d’exorcisme, survivance des pratiques païennes du Sénégal d’avant l’Islam mais encore pratiquée. Il est intéressant de noter que chants et musique non seulement exorcisent le malade mais envoûtent et mettent en transe une ou plusieurs spectatrices jusqu’alors considérées normales. On dit alors que la musique a interprété, incidemment, le «bákk » ou hymne appartenant à la lignée familiale de l’envoûtée. Le Ndëpp pratiqué, sous le terme vaudou dans les Caraïbes, au Brésil est généralement organisé par des femmes. Serait-ce là une survivance misogyne universelle faisant de la femme une sociétaire du démon ? Voire !
Il est important de souligner qu’au Sénégal coexistent deux types de rituels: les traditionnels aux connotations plus ou moins religieuses comme le taaja bóon sorte de mardi-gras, la veille du nouvel an musulman et les survivances païennes dont le baaw naan aux dieux des eaux pourvoyeurs d’abondance.
Autrefois, pour secourir la victime d’une piqure de serpent venimeux le tam-tam envoyait le message à « ceux qui savent »…
“Ku jaan matt
Sam xel dem ci dee
Ba ngay dund’ ak
Ba ngay dee lépp
Sam xel dem ci dee”
“Mordu par une vipère
Tu ne songes qu’à la mort.”
Le guérisseur psalmodie des paroles ésotériques au terme desquelles, la victime déjà comateuse ouvre les yeux et de sa plaie dégouline le venin du reptile. Instituteur de brousse, j’en ai été témoin, avec une méfiance dubitative dont j’ai encore honte.
On peut signaler également chez les Wolofs, le simb – jeu du faux-lion. Un solide gaillard de musculature imposante et grimé aux couleurs ocres du fauve danse au son d’une batterie de percussions en poussant des hurlements effrayants; puis, se lance à la poursuite des spectateurs…Il traîne au milieu de l’enceinte sa « proie » qu’il feint de lacérer. Intervient alors le jatkat-dompteur qui débite des litanies au terme desquelles le « lion » lâche sa victime et rampe de soumission au pied du dompteur. Le spectacle riche en couleurs est ponctué de chants et danses par les femmes de l’assistance. Que reste-t-il du simb ? Une grotesque et déplorable parodie télévisuelle pour touristes
Une histoire que me raconta mon père illustre parfaitement les temps ou la musique n’était pas danse. Les jeunes hommes en âge de prendre femme se livraient, une fois l’an, au "joŋante" joute orale sous l’arbitrage de l’historien généalogiste du village. Chaque concurrent, flanqué du musicien de son choix appuyant et ponctuant ses propos, défilait devant un parterre de filles nubiles. L’un déclinait son ascendance aristocratique, un autre vantait la richesse de sa famille ou ses greniers de mil jamais désemplis, etc. Mon père rappela que le sien était le plus grand éleveur de chevaux du patelin, tout en faisant danser au rythme de son joueur de tama (tambour d’aisselle) le plus bel animal du haras paternel finement harnaché avec, sur le dos, une selle incrustée d’argent. Il fut parmi les élus à désigner au généalogiste la jeune femme sur laquelle il avait jeté son dévolu. Père, sans la moindre hésitation, après avoir retiré la selle incrustée d’argent, offrit le cheval à son batteur. Il arriva à la maison plein d’appréhension pour le don irréfléchi de l’animal préféré de son géniteur qui lui cria: fils indigne! Comment as-tu eu l’indécence d’offrir un cheval sans ses apparats? Retournes y ajouter la selle.
Ces quelques exemples illustrent bien que le but ultime de la musique était moins réjouissance que système d’ancrage dans les us et coutumes.
Et si l’on réécoutait la musique ?
Aujourd’hui, la musique ne s’écoute plus; elle se danse, faute de paroliers suffisamment imprégnés de leur culture ou ne maitrisant aucune forme d’écriture et dont la voix constitue le seul atout.
Amadou Gueye Ngom
Critique social
lundi 15 décembre 2008
L'illusion de la différence
Devinettes.
Quel est le lien entre les saltimbanques et conteurs d’antan wolofs et les Romanichels ou Bohémiens de l’Europe centrale ?
Entre Jean de la Fontaine et Kocc Barma ?
Entre Souleymane Faye du groupe Xalam et Jacques Brel ?
Les réponses dans la chronique de Amadou Guèye Ngom de ce matin !
http://www.seneweb.com/news/chroniqueagn.php?artid=20047
Un cri du coeur
Robert mugabe
L'insoumis et le bouc emissaire.
Par
Aminata D Traore
Ancienne ministre, Essayiste
Animatrice du Forum pour un Autre Mali (FORAM)
1. QUI JUGE QUI ? POUR QUELS CRIMES ?
Le torrent de boue dont on couvre Robert Mugabé depuis de longs mois a quelque chose de nauséabond et de suspect. J'en souffre.
"Qui le juge? De quels crimes est-il coupable ?" sont parmi les questions que nous sommes nombreux à nous demander, ce 10 décembre 2008, à l'occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (DUDH).
"A 85 ans, pourquoi s'accroche-il tant au pouvoir ?" entendons nous dire. Est-ce une raison suffisante pour l'humilier ? Est-il le seul de cette génération, à occuper ce poste a un tel âge ?
"Il est au pouvoir depuis 28 ans." En termes de longévité au pouvoir est-il le doyen en Afrique ?
"La fraude électorale ?" A-t-on oublié les élections américaines de 2000?
Rares sont ceux qui, en dehors du continent, se doutent des enjeux véritables de cette campagne de dénigrement et de déstabilisation d'une rare violence contre cet homme tant le titre de dictateur sied aux dirigeants du Sud, plus particulièrement ceux du Continent noir. Il suffit de regarder du côté de la Cour Pénale Internationale pour s'en convaincre. Pendant ce temps les fauteurs de guerre en Irak et en Afghanistan se posent en défenseurs des droits de l'homme au Zimbabwe et partout ailleurs.
Puisqu'ils ne sont pas à une contradiction près, les puissants de ce monde élèvent par ailleurs des murs devant ceux dont ils prétendent défendre les droits lorsque ceux-ci tentent d'échapper aux effets destructeurs du capitalisme mondialisé. Le pacte européen sur l'immigration et l'asile dont la France a fait de l'adoption une priorité dans le cadre de sa présidence de l'Union Européenne est l'une des traductions de ce cynisme.
2. L'INDIGNATION SELECTIVE
L'indignation et la justice à géométrie variable qui jettent le discrédit sur les droits de l'homme tournent au scandale lorsque George W Bush se joint à Gordon Brown et Nicolas Sarkozy pour exiger la démission de Robert Mugabé, responsable selon eux des 600 personnes victimes du choléra. Toute perte de vie humaine est un drame. Mais alors, que dire des guerres en Irak et en Afghanistan qui ont fait près d'un million et demi de morts ?
Robert Mugabe aurait ruiné son pays dont l'économie était florissante et violé les droits des Zimbabwéens. En huit années d'une gestion calamiteuse George W Bush, a fait pire en conduisant l'économie la plus puissante de la planète au bord du gouffre avec des conséquences dramatiques et pour son pays et pour le reste du monde: accroissement du chômage, pertes de revenus, tensions sociales et violences en tout genre.
Que fait et que compte faire la fameuse communauté internationale dont George W Bush et ses alliés se réclament face au drame de l'Irak puisqu'il a enfin admis qu'il a commis une "erreur" tout en se défaussant sur des services de renseignements qui lui auraient présenté Saddam Hussein comme une menace pour les USA ? Ce mea-culpa tardif n'incite, visiblement, ni le Président américain, ni le Premier ministre britannique a changer de regard et de perspectives quant au Zimbabwe. Le départ de Robert Mugabé, le Saddam Hussein de Tony Blair, est une obsession. Et, tant mieux, si la faim, le chômage, la maladie et la fuite des Zimbabwéens, provoqués par des années d'isolement et de sanctions économiques, peuvent être instrumentalisés en vue d'atteindre cet objectif. Un tel acharnement participe, bel et bien, à la criminalisation, la traque et l'élimination de la "racaille" dans les banlieues du monde globalisé.
Ainsi va le monde, soixante ans après la déclaration universelle des Droits de l'Homme (DUDH). Le "plus jamais ça" est parfaitement valable pour les "civilisés" qui évitent la guerre chez eux et se serrent les coudes dans la mise au pas des "barbares". Pillée et humiliée l'Afrique se doit de tirer le maximum d'enseignements de cette réalité en apprenant à distinguer les conséquences des actes de sabotage économique et de déstabilisation des dirigeants qui osent dire "non" de la mauvaise gestion que les démocraties occidentales savent, du reste, pardonner tant que leurs intérêts ne sont pas menaces
3. L'ASPHYXIE ECONOMIQUE
Pèle mêle, les ennemis Robert Mugabe retiennent, contre lui, en plus de l'expropriation des fermiers blancs des terres agricoles, l'hyperinflation qui chasse les élites (médecins, avocats, enseignants, journalistes…) du pays, l'opération de déguerpissement des mal logés en 2005, la fuite de plus de trois millions zimbabwéens vers l'Angleterre et l'Afrique du Sud, la répression des opposants, le pourcentage élevé de personnes atteintes du SIDA, la faim et, à présent, l'épidémie de choléra.
Mais, la quasi-totalité des situations imputées à l'incapacité du dirigeant zimbabwéen à gérer son pays résulte d'abord du non respect d'engagements pris, l'une des caractéristiques de nos rapports avec les pays riches comme l'atteste, plus récemment, les fausses promesses d'aide du Sommet de Gleneagles. L'argent qui coule à flot ces derniers temps dans le cadre du sauvetage des banques a toujours fait défaut quand il s'agit d'honorer les engagements pris envers les peuples dominés. Le facteur déclencheur de la crise zimbabwéenne est plus précisément le non respect par la Grande Bretagne de l'accord de Lancaster House (signé en 1979) selon lequel elle devait dédommager les fermiers blancs dans le cadre de la réforme agraire.
La terre, - un enjeu central dans toutes les sociétés dont l'économie repose sur l'agriculture - est donc au cœur de la rupture. C'est en cela que le bras de fer entre l'ex Rhodésie du Sud et l'ancienne puissance coloniale est emblématique des tensions en Afrique Australe et des conflits à venir à l'échelle du Continent puisque l'ouverture au marché rime de plus en plus avec l'octroi de centaines de milliers d'hectares aux investisseurs étrangers au détriment des petits producteurs.
L'économie zimbabwéenne était florissante et Robert Mugabé fréquentable tant que la minorité de fermiers blancs d'origine britannique pouvaient faire travailler des centaines de milliers d'ouvriers agricoles noirs sur les millions d'hectares de terres agricoles qui étaient en leur possession. Le héros de l'indépendance, est devenu l'homme à abattre à partir du moment où face au refus de Tony Blair de respecter les termes de l'accord de Lancaster House, il a dû récupérer les terres des fermiers blancs. Tout a depuis lors été dit à propos de la redistribution de ces terres qui n'aurait profité qu'aux proches de Robert Mugabé. La réalité est toute autre. Des milliers de familles sans terre jouissent aujourd'hui de leur droit à ce moyen de production. L'irrigation, les fertilisants, les prêts et la mécanisation sont autant d'efforts fournis dans le cadre de cette réforme agraire,avec les maigres moyens de l Etat la priorité étant la couverture des besoins nationaux par l'agriculture nationale.
L'Europe, l'Amérique du Nord, l'Australie, la Nouvelle Zélande ont réagi dès la première procédure de retrait des terres, en 1997. Le dollar zimbabwéen a commencé à chuter et les sanctions économiques à pleuvoir : privation du pays de toute aide extérieure, de crédit, d'assistance de la part des institutions financières internationales et l'interdiction d'échanges commerciaux avec les entreprises américaines. Le pays de Robert Mugabé n'a bénéficié d'aucune aide en matière de balance des paiements depuis 1994 alors que jamais auparavant, il n'avait été privé d'apports extérieurs. Il a fallu, faute de prêts assortis de conditions favorables procéder à des émissions monétaires.
L'ingérence et la subversion à la base consistent dans ces circonstances à créer la pénurie en privant l'Etat souverain de moyens et à soutenir des ONG et des opposants politiques qui s'attirent la sympathie des populations auprès desquelles ils interviennent
Les conséquences de l'embargo et des sanctions économiques ont été aggravés par des sécheresses autrefois cycliques (à peu près tous les dix ans) mais désormais fréquentes du fait des perturbations climatiques.
4. L'ALIBI DEMOCRATIQUE
La Grande Bretagne prendrait une sacrée revanche sur l'histoire et rendrait un immense service aux fermiers blancs qui attendent, si elle parvenait à porter au pouvoir dans son ancienne colonie, un dirigeant de son choix ou tout au mois acquis au libéralisme économique.
Au-delà de la Grande Bretagne, les puissances coloniales et leurs alliés n'ont jamais eu autant besoin de renforcer leur présence en Afrique, l'avancée de la Chine étant une véritable menace pour eux. Ils y arrivent au prix de l'ingérence, de la subversion et de la guerre. C'est dire jusqu'à quel point le fossé est abyssal entre la rhétorique sur la démocratie, les droits de l'homme et les desseins des Etats libéraux d'Europe et d'Amérique sur le Continent noir
Le débat houleux qui pendant longtemps a opposé les Occidentaux aux dirigeants des pays d'Asie dont la Chine quant à la primauté des droits économiques et sociaux sur les droits politiques ressurgit ainsi à la faveur de la mondialisation néolibérale sans être pris en charge de manière conséquente par les formations politiques africaines, la société civile et les médias. Il en est ainsi parce que les dirigeants africains savent que leurs pays seraient dans le même piteux état que le Zimbabwe s'ils s'avisaient, à l'instar de Robert Mugabe, à aller à l'encontre des intérêts dominants. La politique de la terre brûlée est réservée, comme ce fut également le cas pour la Guinée de Sékou Touré, à tous ceux qui s'écartent du "droit chemin".
Pour l'heure, en dépit du satisfecit des Occidentaux pour certaines "transitions démocratiques", le vote ne sert qu'au renouvellement du personnel local du système-monde. Les électeurs locaux en deviennent, à leur propre insu des clients de la politique spectacle et les victimes des rapports marchands qui lui sont sous-jacents. Les sujets qui peuvent écorcher les oreilles du G8, de l'UE et les IFIS tel que le pillage des matières premières de l'Afrique, le diktat des grandes puissances, la dette extérieure, les réformes néolibérales sont soigneusement écartés du débat électoral quand débat il y a. Et gare aux esprits critiques (opposants, médias, citoyens avisés…) qui osent défier les dirigeants dirigés dans leurs comportements mimétiques et complaisants. Ils sont combattus, de manière sournoise ou ouverte. Par contre, les faux opposants, les médias aux ordres, les associations et ONG qui savent manier la langue de bois seront épargnés, récompensés et utilisés pour soigner l'image du pays.
5. NOUS SOMMES TOUS ZIMBABWEENS
Rien ne justifie l'humiliation de Robert Mugabé et les privations imposées à son peuple afin qu'il se soulève et le renverse. Il n'est pas paranoïaque puisque Gordon Brown et ses alliés après avoir poussé Morgan Tsvangiraï marchent à présent à visage découvert et sans complexe, lui demandant de démissionner. Nommer et défier ses agresseurs n'a rien à voir avec la haine des Occidentaux véhiculée par certains médias qui excellent dans le lavage des cerveaux quant a Robert Mugabe. Précisément parce qu'il se savait le dirigeant d'un pays composé de Blancs et de Noirs il a tenté de les fédérer en nommant des ministres zimbabwéens d'origine britannique dans gouvernement
Robert Mugabé n'est en aucun cas ce bourreau qui affame son peuple et le condamne à mourir du cholera et de je ne sais pas quelle autre maladie. Les quinze années durant lesquelles il avait les mains libres il a réussi à réaliser le taux d'éducation le plus élevé du continent en plus des performances économiques enregistrées. On ne peut lui reprocher non plus de s'être enrichi personnellement; à l'instar de la plupart de ses homologues même si certains excès son reprochés à son épouse.
La persécution dont il est l'objet augure en réalité des difficultés à venir chaque fois qu'un dirigeant africain voudra se démarquer de la pensée unique en revendiquant la souveraineté économique, politique et alimentaire. Nous serons faibles et vulnérables tant que, face a une telle situation les peuples conscients des enjeux et des dangereux rouages du monde actuel ne prendront pas leurs destins en mains et ne défieront pas eux-mêmes leurs dirigeants mais aussi l Union Européenne, les IFIs les anciennes puissances coloniales en quête de lieux d'ancrage ; de matières premières et de parts de marches
Nous sommes tous des Zimbabwéens face au défi de la nouvelle citoyenneté qui fera de nous les seuls et véritables responsables de l'alternance politique dans nos pays et de la défense de tous nos droits.
Bamako le, 10 décembre 2008
lundi 8 décembre 2008
Célébrer le sous développement…

La première de la nouvelle chronique de Amadou Guèye Ngom sur le protail virtuel sénégalais Seneweb... Je suis admirative !
Calque et Décalques par Amadou Gueye Ngom
Comment sortir intact de l'ultra modernité lorsque les recours aux outils conceptuels empruntés à l'étranger semblent inopérants? Comment repenser le développement de l'Afrique? C'est dans ces dédales que nous entraîne l'écrivain et critique Amadou Gueye Ngom, pour une déconstruction-reconstruction de la notion même du développement. Sans chercher à calquer ou décalquer sa démarche, j'invite vivement les lecteurs de Seneweb dans cette aventure semée d'embûches mais plein de ressources. - MLS
Célébrer le sous développement…
Des années de plans quinquennaux, d’ajustement structurel, près d’un demi siècle d’indépendance…Il est temps de se poser des questions: à quoi peuvent bien nous servir des systèmes de fonctionnement dont les moyens font défaut et dans les arcanes desquelles se perdent les populations ? A cet égard, le Mandat d’Ousmane Sembene se révèle d’une cruelle actualité. L’erreur difficilement pardonnable aux premiers dirigeants de l’Afrique indépendante fût d’avoir voulu perpétuer des œuvres que nos civilisations antérieures n’avaient pas conçues… Pour leur confort exclusif, les colonisateurs européens s’étaient construits, en Afrique, des villes à l’image des leurs et en fonction de leur génie propre. A Dakar, en moins d’une génération -trente ans- après le départ des colons, bâtisses et rues de Dakar sur lesquelles ne veillait plus l’âme de leurs concepteurs avaient commencé à se dégrader. On prit l’initiative de refaire du neuf à la place de l’ancien, sans aucun plan d’urbanisme autre que celui tracé en 1857 par le Gouverneur Pinet Laprade; plan autour duquel tout se calque et se décalque dans de joyeuses improvisations. On accuse souvent les ruraux d’avoir défiguré et sali Dakar. Les villages, toutes proportions gardées, sont pourtant bien plus propres. Non qu’on n’y trouve de ces déchets plastiques et autres verroteries, résultant des modes urbains de consommation mais parce que « les gens de la « brousse » comme on les appelle avec mépris, abandonnent, une fois en ville, leurs habitudes traditionnelles de gestion patrimoniale: l’espace soi. La ville prolonge le village où l’on peut se soulager derrière le buisson. En ville, n’importe quel mur, juste assez élevé pour se soustraire aux regards, devient une pissotière, nonobstant l’ « Interdit d’uriner”, parfois d’irruner , " Yone téré na koufi saw " qui traduisent aussi bien l’usage fantaisiste de la langue d’emprunt que le non respect des décrets de transcription des langues nationales dont les tolérances orthographiques s’étalent aussi impunément que le jet nauséabond. Il va de soi que nul n’est censé connaître une loi écrite en langue étrangère; pas même transcrite dans nos langues nationales, en caractères latins ou arabes La rue à tout le monde et à personne s’appelle désormais « mbeddu Buur », confiscable par confréries religieuses, baptême, mariage, retour de la Mecque, le tout, dans un semblant de cohésion du tissu social. Le citadin qui s’autorise à envoyer son mouton paître sur le gazon public n’est pas réprimé au même titre que le berger du village dont le bétail saccage le champ d’autrui. La place de l’Indépendance jonchée de détritus n’a plus la dignité ni de la Place Protêt et ses kiosques à musique d’avant l’Indépendance ni du « Pénc » villageois où s’élaborent et se décident les affaires de la communauté. En milieu rural, les espèces nécrophages : hyènes, chacals, corbeaux et chiens errants assurent tout naturellement la voirie. Dans les cités, la voirie urbaine tombe en panne ou s’en va-t-en grève pour non payement des salaires. « Mbeddu buur » devient dépotoir. Déboulent peste et choléra que les infrastructures sanitaires n’arrivent pas à juguler avec des moyens inversement proportionnels à la croissance démographique des villes. Autant de maux et comportements dont l’agressivité entre en conflit avec les attendus d’une république dont la population dans sa criante majorité saisit mal la notion, au sens occidental du terme. A notre insu nous devenons un nouveau type de citoyen citadin, produit sous culturel sans repère et irrespectueux de tout ce qu’il attribue à « Alalu Buur », patrimoine impersonnel d’un Etat abstrait. De quoi prendre Axelle Kabou à rebrousse poil : « Et si l’Afrique célébrait le sous développement ? »
Amadou Gueye Ngom
Critique social
mardi 2 décembre 2008
Wall Street, mûr pour adopter les principes de la Charia ?
Puis, je me suis mise à lire l'article... et effectivement la gestion islamique de la finance mondiale règlerait pas mal de problèmes. Voyez vous-même...
http://www.jdf.com/indices/2008/09/25/02003-20080925ARTJDF00004 -wall-street-mur-pour-adopter-les-principes-de-la-charia-.php
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Les gens du Nord ont dans le coeur le soleil qu'ils n'ont pas dehors...
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2008/12/02/001-coalition-mardi.shtml
Tout cela a commence avec la malheureuse presentation d'un mini-budget du ministre des finances Jim Flaherty. Piscoblue a bien decrit le probleme dans son post du 13 novembre dernier - Jim Flaherty: Stand-up Comic - apres le discours du Trone: http://piscoblue.blogspot.com/
Dans toutes les provinces, les avis circulent et sont partages. Les divisions regioniales se precisent, signent d'une profond probleme de communication au niveau de la Federation. Ne nous voilons pas la face, ca couvait depuis des decennies. Evolution a suivre...
Je vous recommande cette allocution du philosophe John Ralston Saul que je trouve tres d'actualite:
http://www.gg.ca/media/doc.asp?DocID=4419&lang=f
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