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jeudi 22 octobre 2009

Les émigrés africains transfèrent chaque année 40 milliards de dollars dans leurs pays d'origine

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Dans les premiers d'économie, ce que le professeur explique aux étudiants c'est que les ressources que nous avons sur terre sont rares et que la science économique nous donne les outils nécessaires pour une utilisation efficace et optimale de ces ressources. Les outils sont là et sont suffisamment bien utilisés par certains. Pour d'autres, il y a encore un monde entre la théorie et la pratique. Nous avons encore beaucoup de travail à abattre pour la croissance et la réduction des inégalités en Afrique. Surtout au niveau des choix de politiques économiques.

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Les émigrés africains transfèrent chaque année 40 milliards de dollars dans leurs pays d'origine
LE MONDE | 22.10.09 | 10h17

'Afrique reçoit des sommes considérables des migrants partis travailler sur d'autres continents, mais le manque d'information, de concurrence et de régulation empêche cet argent d'agir pleinement sur le développement. C'est ce que révèle un rapport de l'International Fund for Agricultural Development (IFAD), publié jeudi 22 octobre à l'occasion d'un forum sur les transferts de fonds organisé à Tunis par cette agence de l'ONU, pour mobiliser banques centrales et gouvernements sur la question.

La première surprise de ce rapport tient en un chiffre : d'après l'IFAD, 40 milliards de dollars (26,7 milliards d'euros) sont envoyés chaque année à leurs proches par les émigrés africains. Ce montant était jusqu'alors inconnu, mais il était estimé entre trois et quatre fois moindre.

"L'Afrique avait toujours été une énigme en ce qui concerne les transferts de fonds", explique Pedro de Vasconcelos, économiste à l'IFAD et coauteur de ce premier état des lieux. "On les évaluait généralement entre 10 milliards et 17 milliards de dollars. Même les banques centrales africaines n'avaient aucun chiffre."

Ce manque d'information a des conséquences en cascade : "L'impact des transferts est colossal, mais sous-utilisé. L'argent est là; le problème, c'est le manque d'options. N'ayant pas conscience des montants en jeu, les gouvernements ne se préoccupent pas de réguler le marché ou de rendre ces sommes productives, pas plus que le secteur privé", explique M. de Vasconcelos.

Résultat, le marché des transferts est détenu à 64 % par deux acteurs seulement, Western Union et MoneyGram. Faute de concurrence, le taux des commissions est d'environ 10 % en moyenne en Afrique – où il peut même atteindre 25 % –, contre 5,6 % en moyenne dans le monde.

"Si on réduit ce taux de moitié, 2 milliards de dollars de plus arrivent dans la poche des familles chaque année, résume l'économiste de l'IFAD. En Amérique latine, l'ouverture du marché a fait chuter les taux de 15 % à moins de 5 %."

La concurrence aurait un autre avantage : la multiplication des points de retrait, dont les zones rurales africaines sont largement dépourvues. Or un tiers des transferts sont destinés à des familles rurales. "Le Mexique dispose d'autant de points de retrait que toute l'Afrique, avec une population dix fois moindre", compare M. de Vasconcelos. "Pour beaucoup d'Africains, aller chercher cet argent, c'est un ou deux jours de travail perdus."

L'agence des Nations unies propose de transformer les bureaux de poste en points de retrait, alors qu'ils n'en ont aujourd'hui pour la plupart ni le droit ni les moyens. L'IFAD vient de signer un accord avec l'Universal Postal Union pour travailler en ce sens.

D'autres solutions existent. Au Kenya, le téléphone mobile devient un des moyens les plus économiques d'effectuer des transferts d'argent. Le Kenya est aussi un des rares pays à autoriser les institutions de microfinance à opérer ces envois de fonds. Dans toute l'Afrique, ces organismes ne forment que 3 % des points de retrait. Leur ouvrir le marché des transferts suffirait à doubler le nombre de guichets, selon l'IFAD.

Surtout, au lieu d'un simple mécanisme de consommation, "cela créerait une dynamique locale d'épargne et de microcrédit, qui donnerait une tout autre dimension à l'économie", estime M. de Vasconcelos.

Car si l'essentiel de l'argent des transferts de fonds sert à faire face à des dépenses de première nécessité – nourriture, logement, santé ou éducation –, "5 à 10 milliards de dollars sont disponibles pour l'épargne et l'investissement", selon le rapport. Des sommes capitales en pleine crise économique, alors que l'aide publique au développement s'essouffle et que les investissements directs étrangers s'effondrent.

Les transferts des migrants souffrent eux aussi : ils ont chuté de 12,7 % depuis le début de l'année selon l'IFAD. Un choc d'autant plus rude que ces envois avaient connu une croissance moyenne de 17 % dans le monde depuis dix ans, et que "par rapport à d'autres régions, l'Afrique dépend vraiment des transferts de fonds", précise M. de Vasconcelos.


Grégoire Allix
Article paru dans l'édition du 23.10.09


La BAD tente de remédier à se problème: Voir cet article
Intéressant de voir d'ailleurs dans cet article le rôle de la France, ancienne puissance coloniale, dans la régulation de ces fonds...
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vendredi 25 septembre 2009

Dans les murs d'un département d'économie...

C'est arrivé aujourd'hui: X est une étudiante de doctorat en économie et elle trouve sur son bureau un exemplaire du journal La Presse avec l'article de Pierre Foglia "Le mur dans la tête" bien mis en évidence par sa colocataire de bureau, nommons-là Y. Y écrit un gros "Intéressant !" sur l'article et encercle deux extraits de ce dernier:

Premier extrait:

« Christian est né à l'Est (de Berlin). Je vous l'ai présenté hier. Jeune homme ouvert sur le monde, il partait le lendemain pour Minneapolis, où il termine des études en économie. Christian avait 7 ans quand le mur est tombé. Quand je lui ai demandé s'il se sentait plus de l'Est que de l'Ouest, je m'attendais à ce qu'il proteste - ce qu'il a fait, sauf qu'il a ajouté: «Reste que je n'ai presque pas d'amis de l'Ouest.»

Christian aurait-il plus d'amis à NDG s'il était de Rosemont? Question tordue. Avant 1945, Berlin, contrairement à Montréal, n'était divisé ni par la langue ni par la culture. Avant 1945, Berlin était peuplé de Berlinois tous à peu près pareils. On y a tracé une frontière au lendemain de la guerre. Puis on a dressé ce mur de béton, qui est resté debout 28 ans. Et quand on a jeté ce mur à terre, surprise! Les Berlinois des deux côtés de l'ex-mur n'étaient plus pareils.

Du point de vue anthropologique, c'est quand même un peu troublant, non? On n'était pas, comme en Palestine ou même comme à Belfast, devant un mur qui sépare de toute façon deux communautés qui n'ont rien à voir et ne veulent pas se voir. Le mur de Berlin séparait absolument arbitrairement et artificiellement des citoyens semblables, conformes; séparait le cousin de la cousine, le voisin de la voisine. »

Le commentaire de Y: « Belle expérience naturelle... »

Y fait en effet référence à la méthode du "randomized experiment" très prisée actuellement par les économistes du développement. Cette méthode aide à évaluer l'impact d'une politique en comparant la situation d'un échantillon d'individus sans la politique avec la situation d'un autre échantillon d'individus similaires mais avec l'implantation de la politique.

Un exemple donné ici par le New York Times:

« The basic idea behind the lab is to rely on randomized trials — similar to the ones used in medical research — to study antipoverty programs. This helps avoid the classic problem with the evaluation of aid programs: it’s often impossible to separate cause and effect. If aid workers start supplying textbooks to schools in one town and the students there start doing better, it could be because of the textbooks. Or it could be that the town also happened to hire a new school administrator.

In a randomized trial, researchers would choose a set of schools and then separate into them two groups. The groups would be similar in every respect except for the fact that one would receive new textbooks and one wouldn’t. With a test like this, as Vinod Thomas, the head of independent evaluation at the World Bank, says, “You can be much more accurate and much more clear about the effect of a program.”

The approach can sound cruel, because researchers knowingly deny help to some of the people they’re studying. But what, really, is the alternative? It’s not as if someone has offered to buy new textbooks for every child in the world. With a randomized study, you at least learn whether your aid money is well spent. »

Deuxième extrait encerclé par Y:

« On voit par là que les murs, comme la petite vérole, laissent de vilaines cicatrices. Sans parler d'effets pervers auxquels on n'avait pas pensé. Pendant 28 ans, le mur a caché aux Allemands de l'Est la démocratie, la liberté, le bonheur. Qu'est-ce que vous pensez qu'ils ont fait, les Allemands de l'Est? Ils ont rêvé la démocratie. Ils ont rêvé la liberté. Ils ont rêvé le bonheur.

Le mur est tombé et bon, on le sait, le rêve n'est jamais focus avec la réalité. Au point où quelques-uns, cyniques sûrement, disent qu'il faudrait peut-être refaire le mur pour qu'ils se remettent à rêver. »

Commentaire de Y: « Soit U(Consommation, Rêve, Désillusion) ou Uc > 0, Ur > 0 et Ud <> ou < 0 ? quelque soit i différent de j ? »

Il s'agit là des propriétés de la fonction d'utilité U d'un résident de berlin Est telles que décrites par Mr. Foglia. Deux paragraphes résumés en deux lignes ! Et moi je dis que dans pas longtemps la ville de Berlin risque d'attirer des économistes prêts à en faire leur laboratoire de recherche... Vous ne vous imaginez pas le nombre d'études remplies de mathématiques faites sur vous à votre insu ! Mais ne vous en faîtes pas, c'est pour l'avancée de la science :o)

jeudi 24 septembre 2009

Un navire sans capitaine à bord...

Quelques mots de Jacques Attali, l'un de ceux qui ont vu venir la crise, mais aussi l'un des économistes les plus pessimistes qu'en au futur de la planète. Mais a-t-il vraiment tort... ?

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Le G vain

Par Jacques Attali, publié le 21/09/2009 19:27 - mis à jour le 22/09/2009 19:33

Le G 20 de Pittsburgh ressemblera à s'y méprendre à celui de Londres. A la veille de Pittsburgh, comme pour Londres, on dira que la situation s'améliore : de fait, la Bourse va mieux, la production industrielle augmente, l'optimisme est partout, le goût du risque revient : ainsi, lors des six derniers mois, le coût de la protection contre la faillite éventuelle de Bank of America, de Goldman Sachs et de 14 grandes entreprises industrielles a baissé des deux tiers.

Comme avant Londres, tout le monde aura intérêt à le croire, car chacun a des échéances électorales. Cette fois, le président Obama patauge devant le Congrès, qui lui refuse toute réforme, sur le contrôle des banques comme sur la santé ; et Angela Merkel est soumise à reconduction deux jours après Pittsburgh...

Comme avant Londres, la situation est en réalité extrêmement critique. La production demeure très inférieure à ce qu'elle était avant la crise. Le chômage augmente et augmentera, en particulier en Allemagne, en France et en Italie, pays où, selon l'OCDE, le redressement de l'emploi sera "beaucoup plus long que celui de la production" et aboutira à une "crise sociale à part entière". Les fonds propres des banques restent plus que jamais insuffisants. Les produits dérivés sont toujours là, sans aucun contrôle, constituant l'essentiel des activités rentables de bien des banques. La dette publique continue d'augmenter partout, à tel point qu'il est maintenant, et pour très longtemps, impossible aux banques centrales d'augmenter leurs taux d'intérêt, ce qui les prive du pouvoir de lutter contre l'inflation, si elle se déclenche un jour, comme c'est vraisemblable.

Comme à Londres, 27 chefs d'Etat (et non 20) et presque autant de patrons d'institutions internationales se réuniront pendant deux jours et s'exprimeront chacun pendant moins d'une demi-heure. Comme à Londres, ces dirigeants débattront longuement d'un sujet présenté comme essentiel, qui fait aisément scandale et sur lequel ils peuvent faire croire qu'ils ont quelques moyens, mais qui n'a, en fait, qu'un rapport très lointain avec la récession : à Londres, ce furent les paradis fiscaux, facilement dénoncés ; à Pittsburgh, ce seront les bonus des traders, cloués au pilori. Comme à Londres, on prendra quelques décisions bien visibles à leur propos. Et comme à Londres, ces mesures n'auront aucun impact sur la crise et seront contournées : les traders, comme les fraudeurs du fisc, débordent d'imagination...

Comme à Londres, on prendra des décisions, qu'on n'appliquera pas, sur les fonds propres des banques et sur la régulation systémique. Et comme à Londres, on n'en prendra pas sur les menaces de demain : la fragilité des banques, le retour des activités spéculatives, l'absence de contrôle des acteurs financiers non bancaires, tels les fonds d'investissement et les compagnies d'assurances.

Comme à Londres, on prendra mille et une photos, on se congratulera, on se quittera. Puis les dettes publiques continueront d'augmenter, les institutions financières seront de plus en plus instables, le chômage augmentera. Et un jour, sans doute, devant le désastre, il faudra agir. On se retournera alors vers les gouvernements : exsangues, ils ne répondront plus. Il n'y aura plus, alors, de G 20.

mardi 15 septembre 2009

La Ruée vers la terre

J'avais commencé à parler de ce nouvel enjeu mondial qu'est la recherche de terres arables sur ce billet: Hunger !

Voici un article (avec vidéo à l'appui sur le site web) qui montre comment cela se passe concrètement avec l'exemple du Cameroun:

http://www.cameroon-info.net/stories/0,25426,@,razzia-chinoise-sur-terres-camerounaises-video.html


Razzia chinoise sur terres camerounaises (Video)


PARIS - 12 SEPT. 2009
Patrick FANDIO, ARTE | Correspondance


Après le pétrole, les minerais, les Chinois à la conquête des terres agricoles africaines... Exemple au Cameroun.

Au bord de la Sanaga, l’un des plus longs fleuves d’Afrique qui irrigue les terres du Cameroun sur plus de 900 kilomètres, le Professeur Tchang et les hommes du groupe IKO font désormais partie du décor du village de Ndioré et de la ville de Nanga Eboko.

La présence de ces Chinois n’a plus rien d’incongru pour les villageois qui les ont vus débarquer il y a trois ans pour exploiter « leurs » terres. La Chine convoite ainsi près de 14.000 hectares dans la région pour y faire pousser maïs, riz, soja, manioc, construire une usine de transformation et un centre pilote de formation…

Elle y a déjà dépêché ses experts et des ouvriers agricoles en attendant la signature d’un contrat foncier avec l’Etat camerounais. Un accord qui permettra aux chinois de disposer gratuitement de ces terres. En contrepartie, ils promettent de produire massivement des céréales vendues sur le marché local, à un prix abordable espèrent les Camerounais. Les paysans locaux qui leur servent désormais de main d’œuvre, à 1,50 € la journée de travail, ont dû quitter ces terres où ils pratiquaient une petite agriculture de subsistance.

Dans l’ouest du pays, dans la région de Santchou, c’est une ancienne usine de décorticage de riz, laissée à l’abandon, qui est la prochaine cible du même groupe chinois IKO, un de ces conglomérats agricoles lancés à la conquête des terres agricoles africaines avec la bénédiction et l’appui du plus haut sommet de l’Etat à Pékin.

Le président Hun Jintao encourage cette offensive agricole qui pourrait apporter une solution à la disparition des surfaces agricoles chinoises causées par l’industrialisation galopante, et offrir des terres lointaines aux millions de paysans qui en sont privés en Chine.

Au Cameroun, les Chinois pourraient, à terme, contrôler la chaîne de production céréalière du pays. C’est précisément ce que redoutent des ONG internationales qui dénoncent l’accaparement des terres des pays pauvres par la menace de leur souveraineté alimentaire. Par ces temps de crise, la terre est devenue une ressource stratégique…

lundi 14 septembre 2009

La croissance n'est pas une mesure du bien-être...

... mais bien une mesure de la production économique. C'est ce qui est enseigné dans les cours d'économie à l'université depuis belle lurette, mais en économie, l'écart entre la recherche (donc ce qui s'enseigne) et ce qui se fait concrètement sur le terrain dans nos organismes et institutions est inouï. Il existe même de nos jours des études économiques qui essaient de mesure le bonheur en tenant compte d'une multitude de facteurs autre que l'augmentation des zéros dans notre compte bancaire. En effet, combien de steaks peut-on manger par jour ? À un moment donné, ce n'est plus l'augmentation du Produit Intérieur Brut - PIB - (donc ce n'est plus le fait d'avoir un taux de croissance positif très important) qui augmente le bien-être des populations. Déjà il y a la façon dont les revenus générés par cette production sont redistribués. Parce que lorsqu'on se gave tout seul avec ses steaks pendant que notre voisin a faim, sachant qu'il a lui aussi participé d'une manière ou d'une autre au processus qui a acheminé le steak sur notre assiette ben... il ne faut pas s'étonner que l'idée de nous cambrioler lui passe par la tête. Résultat: augmentation de l'insécurité qui nous oblige à habiter plus loin dans une maison baricadée, etc.

Nous sommes d'accord que nous ne voulons pas de la pauvreté, que la croissance et la concurrence privée ce sont de bonnes choses et que nous voulons organiser régulièrement des élections pour que le peuple désigne lui-même ses dirigeants, bref nous acceptons le capitalisme et la démocratie. Mais chaque année, une fois que la croissance est réalisée, pourquoi ne pas s'asseoir à la même table, manger ensemble et réfléchir ensemble à comment vivre encore mieux l'année suivant ? Pourquoi ne pas utiliser le capitalisme au lieu de le laisser nous utiliser ? C'est ce que les défenseurs de la social-démocratie tentent de faire passer dans leurs théories. En pratique, seuls les pays scandinaves arrivent à des réalisations satisfaisantes. Pourquoi je vous parle de tout ça ? Parce que j'ai lu cet article ce matin, sur le rapport du Prix Nobel Stiglitz à Sarkozy, intitulé «Stiglitz veut mesurer le «bien être» pour mesurer la croissance»:

http://www.liberation.fr/economie/0101590861-stiglitz-veut-mesurer-le-bien-etre-pour-calculer-la-croissance?y=1

En espérant que cette crise nous poussera à accepter des réformes. Sinon nous retournerons très vite dans ce fond dont nous essayons déjà très mal de nous extirper.

dimanche 16 août 2009

Le Défi Asiatique de Kishore Mahbubani

Un excellent ouvrage que je viens de découvrir et que l'on m'a suggéré lorsque dans une conversation j'exprimais l'idée qu'un peuple n'atteindra jamais son plein potentiel tant et aussi longtemps qu'il ne sera pas lui-même. Vous l'aurez deviné, je suis une fan de philosophies venues de l'Orient.

Le site de l'auteur:
http://www.mahbubani.net/


Voici le résumé du livre sur évène.fr:
http://www.evene.fr/livres/livre/kishore-mahbubani-le-defi-asiatique-37054.php

«Pendant des siècles, les Asiatiques ont eu le sentiment d'avoir été exclus de l'histoire mondiale. Aujourd' hui, ils sont prêts à devenir des acteurs à part entière, après avoir intégré les "bonnes pratiques" de l'Occident – l'économie de marché, les sciences et les technologies, la méritocratie, l'état de droit, le pragmatisme, la culture de la paix et le développement de l'éducation. Tels sont, selon Kishore Mahbubani, les "sept piliers de la sagesse occidentale" dont se sont inspirés les pays asiatiques pour avancer à grands pas. L'Occident saura-t-il résister à l'ascension économique vertigineuse de l'Asie ? Pour Kishore Mahbubani, l'Asie n'a nulle intention de dominer l'Occident, elle y puise simplement les solutions qui lui permettront de tourner définitivement la page de la pauvreté. Mais il nous met aussi en garde : l'Occident devra à son tour renoncer à sa domination, notamment sur les institutions internationales.»

Et celui sur esprit.presse.fr:
http://www.esprit.presse.fr/esprit/critics.php?code=288

«Né à Singapour, l’un des petits dragons qui ont anticipé la dynamique de la mondialisation et précédé l’émergence des Bric (Brésil, Russie, Inde, Chine), Mahbubani est l’un des intellectuels non européens qui invitent l’Europe à se décentrer. Qu’est-ce à dire ? Il se demande d’abord quels sont les atouts de l’Asie et de quelques autres mondes (Inde, Chine, monde islamique), et les raisons pour lesquelles ils sont sortis de ce qui apparaissait aux yeux des Européens comme un long sommeil ou une pré-histoire. Ensuite, il observe l’Europe depuis l’Asie, s’interroge sur l’affaiblissement du monde occidental et sur les résistances contemporaines à sa domination. De ces observations, faut-il conclure à un relativisme historique ? Non, pour Mahbubani, la désoccidentalisation du monde ne signifie pas que les nouveaux impératifs du leadership mondial induisent un renoncement à des valeurs universelles, à l’État de droit et à la justice sociale. Dans ce contexte d’un décentrement du monde, voire d’un durcissement du monde, les valeurs asiatiques ne sont pas celles que préconisaient Lee Kuan Yew il y a plus d’une décennie maintenant. Elles sont pour Mahbubani, en cela très pragmatique, une mise en situation de valeurs partageables. Merleau-Ponty ne parlait-il pas d’un « universel latéral » invitant à traduire les langues et les pensées ? Mahbubani opère pour sa part une traduction historique en se réclamant d’un pragmatisme philosophique auquel il reproche à l’Amérique d’avoir renoncé. « Nous avons accordé beaucoup d’attention aux philosophies britanniques et européennes, et trop peu à la doctrine pragmatique américaine, jugée moins sérieuse parce qu’elle n’aspirait pas à la vérité absolue, chère à Kant ou à Hegel. Le pragmatisme est pourtant le meilleur guide que nous puissions avoir en ce début de siècle. »

O. M.»

vendredi 31 juillet 2009

Comment les citoyens américains financent les profits de Goldman Sachs

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Excellente analyse de Nomi Prins. Elle arrive à expliquer avec des mots très simples ce qui se passe actuellement avec les grandes institutions financières américaines et pourquoi nous ne sommes pas totalement encore remis de la crise financière:

http://www.motherjones.com/politics/2009/07/how-you-finance-goldman-sachs%E2%80%99-profits


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Hunger !

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Nous avons longuement parlé de la crise alimentaire avant que la crise économique ne vienne lui donner un coup de massue. En réalité, cela ne fait que commencer. Les avancées technologiques des deux derniers siècles ont augmenté les conditions de vie, de même que l'espérance de vie des hommes et des femmes partout dans le monde (oui, oui, même en Afrique). Du coup, les projections sur le taux de croissance de la population mondiale sont telles qu'il est légitime de se poser dès à présent (certains diront que c'est même déjà trop tard) la question suivante: comment allons-nous nourrir plus de 9 milliards d'êtres humains dans 40 ans ?

Deux journalistes allemands nous expliquent les enjeux de la question, et s'étendent notamment sur le cas des pays en développement.

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THE NEW COLONIALISM


Foreign Investors Snap Up African Farmland


By Horand Knaup and Juliane von Mittelstaedt

Governments and investment funds are buying up farmland in Africa and Asia to grow food -- a profitable business, with a growing global population and rapidly rising prices. The high-stakes game of real-life Monopoly is leading to a modern colonialism to which many poor countries submit out of necessity.

Every crisis has its winners. A group of them is sitting in the Stuyvesant Room at the Marriott Hotel in New York. The conference room, where the shades are drawn and the lights are dimmed, is filled with men from Iowa, Sao Paulo and Sydney -- corn farmers, big landowners and fund managers. Each of them has paid $1,995 (€1,395) to attend Global AgInvesting 2009, the first investors' conference on the emerging worldwide market in farmland.

A man from the Organization for Economic Cooperation and Development (OECD) gives the first presentation. Colorful graphs travel up and down his PowerPoint charts. Some are headed downward as the year 2050 approaches. They represent the farmland that is disappearing as a result of climate change, soil desolation, urbanization and the shortage of water. The other lines, which point sharply upward, represent demand for meat and biofuel, food prices and population growth. There is a growing gap between these two sets of lines. It represents hunger.

According to most prognoses, there could be 9.1 billion people living on earth in 2050, about two billion more than today. In the coming 20 years alone, worldwide demand for food is expected to rise by 50 percent. "These are pessimistic prospects," says the OECD man. He looks serious and even a little sad, as he describes the future of the world.

But for the audience in the Stuyvesant Room, mostly men and a handful of women, all of this is good news and the mood is buoyant. How could it be any different? After all, hunger is their business. The combination of more people and less land makes food a safe investment, with annual returns of 20 to 30 percent, rare in the current economic climate.

These are not Wall Street experts, nor are they people who shoot money across the continents like billiard balls. On the contrary, these are extremely conservative investors who buy or lease land to grow wheat or raise cattle. But land is scarce and expensive in Europe and the United States. Solving the problem means developing new land, which is only available in Africa, Asia and South America. This combination of factors has triggered a high-stakes game of real-life Monopoly, in which investment funds, banks and governments are engaged in a race for access to the world's arable land.

'The Final Frontier for Finding Alpha'

Susan Payne, a red-haired British woman, is the CEO of the largest land fund in southern Africa, which currently includes 150,000 hectares (370,000 acres), mainly in South Africa, Zambia and Mozambique. Payne hopes to raise half a billion euros from investors. She talks about fighting hunger, but the headings on her PowerPoint slides, embellished with photos of soybean fields at sunset, tell a different story. One such heading refers to "Africa -- the last frontier for finding alpha." The word alpha signifies an investment for which the return is greater than the risk. Africa is alpha country.

That's because land, which is extremely fertile in some regions, is inexpensive on the impoverished continent. Payne's land fund pays $350-500 per hectare ($140-200 per acre) in Zambia, about a tenth the price of land in Argentina or the United States. For a small farmer in Africa, the average yield per hectare has remained unchanged in 40 years. With a little fertilizer and additional irrigation, yields could quadruple -- and so could profits.

These are perfect conditions for investors. Susan Payne sees it that way, and so do her investors. In fact, there has been so much demand for this type of investment that Payne recently had to establish a new sub-fund.

A great deal of capital is currently available. It is the second year of the global economic crisis, and investors are seeking sound and safe investments, which is why the audience in New York includes not only hedge fund managers and agriculture industry executives, but also the representatives of large pension funds and the chief financial officers of five universities, including Harvard.

Thousands of investment funds, from small to large, have recently begun applying the most basic formula in the world: Man must eat.

US investment management company BlackRock, for example, has established a $200 million agriculture fund, and has earmarked $30 million for the acquisition of farmland. Renaissance Capital, a Russian investment company, has acquired more than 100,000 hectares in Ukraine. Deutsche Bank and Goldman Sachs have invested their money in pig breeding operations and chicken farms in China, investments that include the legal rights to farmland.

Food is becoming the new oil. Worldwide grain reserves dropped to a historic low at the beginning of 2008, and the ensuing price explosion marked a turning point, just as the oil crisis did in the 1970s. There were bread riots around the world, and 25 countries, including some of the biggest grain exporters, imposed restrictions on food exports.

Then came the second crisis of 2008, the economic crisis. Two fears -- the fear of hunger and the fear of uncertainty -- converged, triggering what some are already calling a second generation of colonialism.

A Win-Win Situation?

What is different about this colonialism is that countries are readily allowing themselves to be conquered. The Ethiopian prime minister said that his government is "eager" to provide access to hundreds of thousands of hectares of farmland. The Turkish agriculture minister announced: "Choose and take what you want." In the midst of a war against the Taliban, the Pakistani government staged a road show in Dubai, seeking to entice sheikhs with tax breaks and exemptions from labor laws.

All these efforts have two hopes in common. One is the hope of poor nations to achieve the development and modernization of their ailing agricultural sectors. The other is the world's hope that foreign investors in Africa and Asia will be able to produce enough food for a planet soon to be populated by 9.1 billion people; that they will bring along all the things that poor countries have lacked until now, including technology, capital and knowledge, modern seed and fertilizer; and that these investors will be able to not only double crop yields but, in many parts of Africa, increase them tenfold. Previous estimates had in fact forecast a decline in production capacity by 3 to 4 percent in 2080, as compared with the year 2000.

If the investors are successful, they could achieve what development agencies have been unable to do in the past few decades: reduce the hunger that now afflicts more people than ever, namely one billion worldwide. In the best case scenario this could be a win-win situation with profit for the investors and development for the poor.

It is not just bankers and speculators, but also governments that are acquiring land in other countries, seeking to reduce their dependence on the world market and imports. China is home to 20 percent of the world's population, but it has only 9 percent of the world's arable land. Japan is the world's largest corn importer, and South Korea is the second-largest. The Persian Gulf States import 60 percent of their food, while their natural water reserves are sufficient to support only another 30 years of agriculture.

Modern-Day Land Grab

But what happens in a globalized world when colonies arise once again? What if, for example, Saudi Arabia acquires parts of Pakistan's Punjab region or Russian investors buy up half of Ukraine? And what happens when famine strikes these countries? Will the wealthy foreigners install electric fences around their fields and will armed guards escort crop shipments out of the country? Pakistan has already announced plans to deploy 100,000 members of its security forces to protect foreign-owned fields.

Because of the political sensitivity of the modern-day land grab, it is often only the country's head of state who knows the details. In some cases, however, provincial governors have already auctioned off land to the highest bidder, as in the case of Laos and Cambodia, where even the governments no longer know how much of their territory they still own.

No one is sure exactly how much land is at stake. The number cited by the International Food Policy Research Institute (IFPRI) is 30 million hectares, but this estimate is impossible to verify. Even United Nations organizations has to resort to citing newspaper reports, while the World Bank is trying to convince countries to pay closer attention to the fine print on agreements.

Klaus Deininger, an economist specializing in land policy at the World Bank, estimates that 10 to 30 percent of available arable land could be up for grabs, although only a fraction of the potential number of lease and sale agreements have been signed. "There was a huge jump in 2008, when plans and applications in many countries more than doubled, in some cases tripled." In Mozambique, says Deininger, foreign demand is more than double the existing cultivated farmland, and the government has already allocated four million hectares to investors, half of them from abroad.

The most spectacular deals are not being made by private investors, however, but by governments and the funds and conglomerates they promote:

  • The Sudanese government has leased 1.5 million hectares of prime farmland to the Gulf States, Egypt and South Korea for 99 years. Paradoxically, Sudan is also the world's largest recipient of foreign aid, with 5.6 million of its citizens dependent on food deliveries.
  • Kuwait has leased 130,000 hectares of rice fields in Cambodia.
  • Egypt plans to grow wheat and corn on 840,000 hectares in Uganda.
  • The president of the Democratic Republic of Congo has offered to lease 10 million hectares to the South Africans.

Saudi Arabia is one of the biggest and most aggressive buyers of land. This spring, the king attended a ceremony where he took delivery of the first export rice harvest, produced exclusively for the kingdom in hunger-stricken Ethiopia. Saudi Arabia spends $800 million a year promoting foreign companies that cultivate "strategic field crops" like rice, wheat, barley and corn, which it then imports. Ironically, the country was the world's sixth-largest wheat exporter in the 1990s. But water is scarce and the desert nation aims to preserve its reserves. Exporting food also means exporting water.

'The Investor Needs a Weak State'

Rich nations are exchanging money, oil and infrastructure for food, water and animal feed. At first glance, this seems to present a solution for many problems, says Jean-Philippe Audinet of the International Fund for Agricultural Development (IFAD). In principle, he is pleased about the agricultural investments, and says he fought for them for years. "What was bad was the period when markets were being flooded with cheap food products."

But many of the countries where land is being snapped up -- Kazakhstan and Pakistan, for example -- suffer from water shortages. Sub-Saharan Africa has adequate natural water reserves, but the only country in the region currently producing a food surplus is South Africa. Most countries, on the other hand, are importers and, with rapidly growing populations, will likely be even more dependent on food imports in the future. Can such countries truly become important food producers?

Audinet, the IFAD expert, knows the risks. "The way these agreements are structured can harm the country and the farmers in the long term, robbing them of their most important asset: land." Olivier De Schutter, the UN Special Rapporteur on the right to food, warns: "Because the countries in Africa are competing for investors, they are undercutting each other." Some contracts, says De Schutter, are barely three pages long -- for hundreds of thousands of hectares of land. These types of agreements stipulate what products are to be cultivated, the location and the purchase or lease price, but they include no environmental standards. They also lack the necessary investment regulations and the stipulation that jobs must be created, says De Schutter.

Some agree to build schools and pave roads, but even when investors live up to their promises, the benefits to the host governments and local farmers are often short-lived. In the long term, however, they must suffer the consequences of over-fertilizing, deforestation, over-consumption of water, reduction of ecological diversity and the loss of local species. To boost harvests and achieve annual returns of 20 percent or more, the foreign large landowners must operate their farms on an industrial scale. And when the soil becomes depleted after a few years, many investors simply move on. Land is so cheap that they are not forced to value sustainable farming practices.

Rejecting the Old Model

Because of these risks Audinet and De Schutter, like most experts, favor contract farming instead of land acquisition. In other words, the foreign investors provide the technology and capital, while the local farmers own or lease the land and supply rice or wheat at fixed prices. This is the classic, tried-and-tested model, but it is not what the new investors want. They want control, ownership, high returns and, most of all, security -- objectives rarely compatible with the interests of thousands of small farmers.

Senegal has decided in favor of contract farming and against large-scale land sales, but it happens to be a stable democracy. This cannot be said of many of the countries where land acquisition is taking place.

"When food becomes scarce, the investor needs a weak state that does not force him to abide by any rules," says Philippe Heilberg, an American businessman. A state that permits grain exports despite famines at home, that is consumed by corruption or deeply in debt, ruled by a dictatorship, racked by civil war, or sends millions of workers abroad and is dependent on these workers receiving visas and jobs.

Heilberg has found such a nation: South Sudan, which is in fact a pre-nation, autonomous but not independent. The 44-year-old American, son of a coffee merchant and the founder of the investment firm Jarch Capital, is now the largest land leaseholder in South Sudan, where he leases 400,000 hectares of prime farmland in Mayom County.

The mere mention of the words South Sudan conjures up images of civil war, refugees and famine, not of a place where one would consider growing tomatoes. But Heilberg raves that his project will be more beneficial to people than the UN, and that he will create jobs and produce food. And he is adamant that Paulino Matip, from whom he has leased the land for 50 years, not be referred to as a warlord, but as a "former warlord" or "deputy army chief." Heilberg neglects to mention that the rebels led by Matip are suspected of having committed war crimes.

Instead of buying stocks, the former banker is now speculating on the political future of South Sudan, which he insists will be an independent country in 10 years, at which point land will be far more expensive than it is today.

Land acquisition is already a step further along in western Kenya, home to Erastas Dildo, 33, the kind of person the New York investors would probably characterize as a risk factor: a small farmer who owns three hectares of land. It is fertile land, where the corn turns bright green and grows two meters (6.5 feet) tall, where the cattle are as fat as hippos and the tomato plants bend under the weight of their tomatoes. The nearby Yala River flows into Lake Victoria. There are three small brick houses on the property. Erastas harvests his corn twice a year, and vegetables and tomatoes grow year-round. One hectare produces €3,600 worth of corn a year, a lot of money by Kenyan standards.

'They Drove Out 400 Families'

But things changed when Erastas was contacted by Dominion Farms, a US agricultural producer that established a colony in the Yala delta, where it has leased 3,600 hectares of land for 45 years, at the ludicrous rate of €12,000 a year. Dominion, which plans to grow rice, vegetables and corn on the land, wants to include Erastas Dildo's three hectares in its venture.

The Dominion representatives offered to pay him about 10 cents per square meter. Erastas turned them down, and now they are making life difficult for the farmer. Their most effective weapon is a dam they have built. When Erastas tried to harvest his corn last year, it was under water. "They are playing with the water level to get rid of us," he says. And when that doesn't work, says Erastas, Dominion sends in bulldozers, thugs and sometimes even the police.

Under its contract, Dominion has agreed to renovate "at least one school and one medical facility" in each of the two local districts. "They drove out 400 families instead," says Gondi Olima of the organization Friends of the Yala Swamp. According to Olima, at first the Dominion venture created new jobs, as day laborers were hired to clear the site with machetes, but then the company brought in more and more equipment. "Now they have so many machines that workers are no longer needed," says Olima.

Dominion Farms denies the farmers' accusations and points out that it has already built eight classrooms, donated gateposts and awarded educational scholarships to 16 children, as well as providing beds and electricity for a hospital ward.

Perhaps Erastas and his family will be forced to make way for the development soon, as is already happening in many other places. The World Bank estimates that only 2 to 10 percent of the land in Africa is formally owned or leased, and most of that is in cities. A family may have lived on or occupied a piece of land for decades, but it often has no proof of ownership.

Hunt for Land Continues

Nevertheless, the land is almost never left unused. The poor, in particular, live off the land, where they collect fruits, herbs or firewood and graze their livestock. According to a joint study by several UN organizations, land grabs are often justified by defining the land as "fallow." As a result, according to the report, land grabs have the potential to dispossess farmers on a large scale. In many countries, there may be enough arable land available for everyone, but the quality is not uniform -- and the investors want the best land. That, as it happens, is the land where farmers usually live.

Because more than 50 percent of Africans are small farmers, large-scale land acquisition could be disastrous for the population. Those who lose their fields lose everything. The fact that the large investors can substantially improve harvests with their modern agricultural technology is of little use to Africans who, once they have lost their land and livelihoods, cannot afford to buy the new farms' products.

The World Bank and others are now developing a code of conduct for investors. A declaration of intent had been planned for the July G-8 summit in L'Aquila, Italy, but the heads of state in attendance could not agree on binding standards.

And so the hunt for land continues. Dominion has secured another 3,200 hectares, and Philippe Heilberg is in the process of leasing an additional 600,000 hectares in South Sudan. Back in New York, in the Stuyvesant Room, one of the speakers is reciting numbers to illustrate how fast the global population is growing: By 154 people per minute, 9,240 per hour or 221,760 per day. And each one of them wants to eat.

Translated from the German by Christopher Sultan

dimanche 5 juillet 2009

D'une part... d'autre part...

Il paraît qu'un jour, Winston Churchill a exprimé le souhait d'avoir un conseiller économique manchot... La raison ? Selon lui, un économiste a toujours du mal à faire un choix clair et rapide. Il commencerait toujours par "On one hand...", et après une première analyse, continue avec "On the other hand..." ! Ce matin j'ai lu deux articles d'économistes qui ont des points de vue tellement contraires que cela m'a fait pensé à cette anecdocte. Qui a raison et qui a tort ? Au fil des années, j'ai fini par comprendre que cela dépendait de l'idéologie que nous voulons servir. En effet, la science économique comme toutes les sciences n'est qu'un outil au service de notre idéologie, de notre philosophie.

Voyez vous-mêmes pour ce qui est de la loi Waxman-Markey !

"On one hand" on a Paul Krugman:
http://www.nytimes.com/2009/06/29/opinion/29krugman.html?_r=1&scp=4&sq=krugman&st=cse

Et "on the other hand" on a Nathalie Elgraby-Levy:
http://www.iedm.org/main/show_editorials_fr.php?editorials_id=727

D'ailleurs les textes d'opinion de ces deux économistes se rejoignent très rarement, l'un défendant régulièrement le marché (capitaliste) et l'autre le critiquant à la moindre occasion.

jeudi 4 juin 2009

Source de la crise: Thanks Reagan !

Un article du Prix Nobel Paul Krugman qui nous explique les sources de la crise. D'après son analyse, les mécanismes mis en place après la Grande Dépression pour prévenir les crises futures ont été balayés du revers de la main par l'administration de Reagan dans les années 80. Bill Clinton avait bien essayé plus tard de sécuriser un peu mieux un système laisser à lui-même, mais Bush est arrivé et... vous connaissez la suite de l'histoire. Ainsi, nous voici plus d'un quart de siècle plus tard, à subir les conséquences des choix de Mr. Reagan. On passe de "Le problème c'est le gouvernement" à une nationalisation de GM ! Les humains ont la mémoire courte. Ici encore, ma maxime préférée trouve sa place: "Qui ne sait pas tirer les leçons de trois mille ans..." Pfff ! Entre 1930 et 1980, il y a seulement 50 ans !

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June 1, 2009
Op-Ed Columnist

Reagan Did It

“This bill is the most important legislation for financial institutions in the last 50 years. It provides a long-term solution for troubled thrift institutions. ... All in all, I think we hit the jackpot.” So declared Ronald Reagan in 1982, as he signed the Garn-St. Germain Depository Institutions Act.

He was, as it happened, wrong about solving the problems of the thrifts. On the contrary, the bill turned the modest-sized troubles of savings-and-loan institutions into an utter catastrophe. But he was right about the legislation’s significance. And as for that jackpot — well, it finally came more than 25 years later, in the form of the worst economic crisis since the Great Depression.

For the more one looks into the origins of the current disaster, the clearer it becomes that the key wrong turn — the turn that made crisis inevitable — took place in the early 1980s, during the Reagan years.

Attacks on Reaganomics usually focus on rising inequality and fiscal irresponsibility. Indeed, Reagan ushered in an era in which a small minority grew vastly rich, while working families saw only meager gains. He also broke with longstanding rules of fiscal prudence.

On the latter point: traditionally, the U.S. government ran significant budget deficits only in times of war or economic emergency. Federal debt as a percentage of G.D.P. fell steadily from the end of World War II until 1980. But indebtedness began rising under Reagan; it fell again in the Clinton years, but resumed its rise under the Bush administration, leaving us ill prepared for the emergency now upon us.

The increase in public debt was, however, dwarfed by the rise in private debt, made possible by financial deregulation. The change in America’s financial rules was Reagan’s biggest legacy. And it’s the gift that keeps on taking.

The immediate effect of Garn-St. Germain, as I said, was to turn the thrifts from a problem into a catastrophe. The S.& L. crisis has been written out of the Reagan hagiography, but the fact is that deregulation in effect gave the industry — whose deposits were federally insured — a license to gamble with taxpayers’ money, at best, or simply to loot it, at worst. By the time the government closed the books on the affair, taxpayers had lost $130 billion, back when that was a lot of money.

But there was also a longer-term effect. Reagan-era legislative changes essentially ended New Deal restrictions on mortgage lending — restrictions that, in particular, limited the ability of families to buy homes without putting a significant amount of money down.

These restrictions were put in place in the 1930s by political leaders who had just experienced a terrible financial crisis, and were trying to prevent another. But by 1980 the memory of the Depression had faded. Government, declared Reagan, is the problem, not the solution; the magic of the marketplace must be set free. And so the precautionary rules were scrapped.

Together with looser lending standards for other kinds of consumer credit, this led to a radical change in American behavior.

We weren’t always a nation of big debts and low savings: in the 1970s Americans saved almost 10 percent of their income, slightly more than in the 1960s. It was only after the Reagan deregulation that thrift gradually disappeared from the American way of life, culminating in the near-zero savings rate that prevailed on the eve of the great crisis. Household debt was only 60 percent of income when Reagan took office, about the same as it was during the Kennedy administration. By 2007 it was up to 119 percent.

All this, we were assured, was a good thing: sure, Americans were piling up debt, and they weren’t putting aside any of their income, but their finances looked fine once you took into account the rising values of their houses and their stock portfolios. Oops.

Now, the proximate causes of today’s economic crisis lie in events that took place long after Reagan left office — in the global savings glut created by surpluses in China and elsewhere, and in the giant housing bubble that savings glut helped inflate.

But it was the explosion of debt over the previous quarter-century that made the U.S. economy so vulnerable. Overstretched borrowers were bound to start defaulting in large numbers once the housing bubble burst and unemployment began to rise.

These defaults in turn wreaked havoc with a financial system that — also mainly thanks to Reagan-era deregulation — took on too much risk with too little capital.

There’s plenty of blame to go around these days. But the prime villains behind the mess we’re in were Reagan and his circle of advisers — men who forgot the lessons of America’s last great financial crisis, and condemned the rest of us to repeat it.

mercredi 3 juin 2009

ALÉNA oui mais seulement quand ça va bien

Le Canada qui s'en tirait bien au début de la crise commence à vraiment ressentir les effets de celle-ci. C'était prévisible: près de 74% des exportations de biens et services canadiennes étaient destinées aux États-Unis en 2007 selon Affaires Étrangères et Commerce International Canada. Il suffit donc du moindre protectionnisme du voisin du Sud pour que les entreprises d'ici ressentent une baisse de leurs activités.

Voici une explication du problème dans par Patrick Leblond dans son article "«Buy American», le Président Obama tient-il parole ?":

http://cerium.ca/Buy-American-le-president-Obama


Et voici la réaction du gouvernement fédéral et du gouvernement du Québec:

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Ottawa et Québec très inquiets

Mise à jour le mercredi 3 juin 2009 à 19 h 20

La clause d'achat de produits fabriqués aux États-Unis (Buy American) comprise dans la nouvelle loi adoptée par le Congrès des États-Unis pour relancer l'économie américaine inquiète grandement les gouvernements canadien et québécois.

Le premier ministre du Canada Stephen Harper a déclaré que ces réflexes protectionnistes pourraient avoir des effets négatifs pour l'économie, et non seulement pour celle du Canada. « La montée du protectionnisme étape par étape est un grand danger à la relance de l'économie mondiale », a-t-il affirmé.

La question inquiète à ce point le premier ministre qu'il songe à faire pression sur l'administration Obama afin qu'elle abandonne la clause Buy American. « Il n'y a pas de discussions formelles [là-desssus], mais dans une époque où nous cherchons à éviter un étapisme de protectionnisme [sic], on devrait examiner cette question », a-t-il ajouté.

Le ministre du Commerce international du Canada, Stockwell Day, a été sans équivoque, affirmant que « nous n'acceptons pas la direction du Congrès ». Selon le ministre, les différents gouvernements doivent absolument s'asseoir et discuter de la situation. « Nous allons continuer d'avoir des discussions et nous allons souligner les problèmes de nos entreprises », a-t-il affirmé. Plusieurs entreprises canadiennes éprouvent en effet de la difficulté à exporter aux États-Unis depuis l'adoption du plan de relance économique américain.

M. Day a cependant dit désapprouver les gestes de représailles antiprotectionnistes que voudraient adopter les municipalités. Selon lui, cela reviendrait à jeter de l'huile sur le feu.

Jean Charest passe son message

Le premier ministre du Québec, Jean Charest, a lui aussi effectué une sortie en règle contre la clause Buy American. Selon lui, les États-Unis font fausse route en adoptant une telle politique. « L'argument de fond, c'est de rappeler à tout le monde qu'il y a une grande économie nord-américaine, que ce qui peut paraître être une solution à court terme n'est pas soutenable. Les gens se tirent dans le pied avec le protectionnisme », a-t-il plaidé.

M. Charest soutient que l'économie nord-américaine est tellement intégrée que les politiques d'achat local n'en deviennent ni plus ni moins qu'« absurdes ». Selon lui, la clause pourrait être néfaste pour bien des entreprises américaines qui ne pourraient démarrer certains projets, faute d'être approvisionnées en biens ou en services provenant du Canada ou d'ailleurs.

Le premier ministre estime que l'administration Obama doit faire pression sur les administrations municipales et les États pour qu'ils appliquent eux aussi les dispositions de l'ALENA (Accord de libre-échange nord-américain). Elle « doit absolument poser des gestes » en ce sens, a-t-il indiqué.

Jean Charest a fait ces commentaires en marge du 5e Sommet des leaders, qui se tient cette année à Québec. La conférence de cette année vise notamment à souligner le 15e anniversaire de l'ALENA. En plus de MM. Harper et Charest, une dizaine de premiers ministres des provinces du Canada et de gouverneurs américains et mexicains participent au sommet.

Radio-Canada.ca avec Presse canadienne

lundi 1 juin 2009

"Nous n'avons encore rien vu !"

Depuis quelques jours, j'entends parler des prémisses de la relance de l'économie en Amérique du Nord, que le pire est derrière nous, qu'il faut de la patience et que la crise va passer... Bon, je suis de nature optimiste mais j'essaie quand même de développer aussi mon sens du réalisme. Du coup, quand quelqu'un m'avance des arguments pour me dire que tout va bien, je cherche à connaître les arguments de celui qui dit que tout ne va pas si bien que ça. Et c'est important car mieux vaut prévenir que guérir, dit-on... Et cette semaine, j'ai trouvé des arguments à profusion chez Mme Elgrably-Levy. Je ne sais pas pourquoi, mais je trouve toujours intéressants ceux qui vont à contre-courant !

Ça ne fait que commencer!
Le Journal de Montréal, p. 29 / Nathalie Elgrably-Lévy, 14 mai 2009

Depuis quelques semaines, on entend dire que l'économie montre les premiers signes de reprise. Pour preuve, on cite les sondages qui affirment que les consommateurs reprennent confiance, et la remontée des cours boursiers.

Peut-être les économies canadienne, européenne et asiatique résistent-elles mieux à la conjoncture, mais il est illusoire de penser que l'Amérique est tirée d'affaire parce que Wall Street se ressaisit. D'ailleurs, comment les indicateurs ne s'amélioreraient-ils pas au vu de l'injection astronomique de monnaie à laquelle a procédé la Réserve fédérale? Quand un déluge de dollars s'abat sur une économie, les achats augmentent fatalement, mais ce n'est pas parce qu'on dépense l'argent fraîchement imprimé par la Fed que l'économie prospère. Non seulement une partie importante de cet argent permet-elle d'acheter des produits importés, mais une hausse de la quantité d'argent en circulation sans augmentation proportionnelle de la production n'a qu'une seule et unique conséquence: l'inflation! Peut-être n'en ressentons-nous pas encore tous les effets, mais ce n'est qu'une question de temps.

Quant aux indices boursiers, il faut les mettre en perspective. Si l'injection de fonds et les dépenses gouvernementales étaient une panacée, l'économie américaine aurait dû effectuer un bond spectaculaire en regard des sommes stratosphériques dont il est question. Certes, le Dow Jones a augmenté de 30% depuis février, mais cette hausse apparaît modeste à côté de celle de plus de 50% des indices Hang Seng et Dax. Mais surtout, il faut prendre en considération la croissance soutenue du prix de l'or, et la dégringolade du dollar US, deux phénomènes qui reflètent des anticipations inflationnistes et une détérioration de l'économie américaine.

Dans ce contexte, la hausse du Dow Jones indique que les investisseurs prennent conscience que détenir des dollars américains est un bien mauvais placement, et tentent de protéger leurs avoirs en se débarrassant de leurs liquidités pour acheter des titres financiers. Ce qui semble être de la croissance n'est en réalité qu'une réaction des marchés pour se protéger des ravages de l'inflation attendue.

De plus, un événement passé inaperçu la semaine dernière est néanmoins annonciateur de turbulence économique. En effet, le gouvernement américain a procédé à la vente de bons du Trésor afin de financer le gigantesque déficit causé par ses plans de relance et de sauvetage. Or, peu d'acheteurs se sont présentés: en effet, qui voudrait à prêter son argent à un gouvernement techniquement en faillite qui imprime de l'argent de manière compulsive? Même la Chine, qui jusqu'ici a été le principal bailleur de fonds de Washington, a réduit considérablement ses achats de bons du trésor. Elle avait financé 75% du déficit américain au premier trimestre de 2008, mais à peine 2,7% un an plus tard!

Le hic, c'est que la difficulté à emprunter incite le gouvernement américain à augmenter le taux de rendement des bons du trésor, ce qui se traduira quelques mois plus tard par la hausse des taux d'intérêt, y compris des taux hypothécaires, avec les conséquences que cela implique. Ça le pousse également à imprimer de l'argent, ce qui ne fera qu'envenimer la situation.

Et vu les relations économiques que le Canada entretient avec l'Oncle Sam, nous risquons de subir les contrecoups de leurs politiques économiques extravagantes et irresponsables, à moins, évidemment, de consacrer les prochains mois à développer de nouveaux marchés.

Le pire serait dernière nous, nous dit-on. Je crains au contraire que nous n'ayons encore rien vu!

Nathalie Elgrably-Lévy est économiste senior à l'Institut économique de Montréal.

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Et un éloge d'Obama pour la route !

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Le mystère présidentiel
Le Journal de Montréal, p. 29 / Nathalie Elgrably-Lévy, 28 mai 2009

Barack Obama est adulé dans le monde entier. Chaque décision qu'il prend, chaque parole qu'il prononce, chaque geste qu'il pose, aussi anodin soit-il, est glorifié. On le vénère. On le déifie. On lui accorde une approbation inconditionnelle. Il fait preuve de bonne volonté, certes, mais qu'a-t-il donc accompli pour mériter une telle adoration? Et pourquoi les médias sont-ils si complaisants envers lui alors qu'ils étaient intransigeants avec ses prédécesseurs et ses adversaires?

Sur le front de l'économie, Obama a dépensé plus que quiconque dans l'histoire de l'humanité. Ses mesures coûteront trois fois plus que la Deuxième Guerre mondiale, et vingt quatre fois plus que le New Deal. En un an, il fera doubler la dette nationale accumulée au cours des 200 dernières années. Et en raison des engagements financiers qu'il a pris, cette dette doublera encore dans 10 ans. Serait-ce pour cet endettement historique et pour le colossal fardeau qu'il lègue aux générations futures que certains encensent le nouveau président?

Pour financer les dépenses stratosphériques de l'administration Obama, la Réserve fédérale fait fonctionner à plein régime sa planche à billets. En quelques mois, elle a imprimé tellement d'argent pour financer les choix politiques du président qu'elle a ranimé le spectre de l'inflation, voire celui de l'hyperinflation, avec la perspective d'un appauvrissement généralisé que cela entraine. Se pourrait-il que ce soit la politique monétaire ultra inflationniste de la Fed qui emballe les admirateurs de Barack Obama?

Le Président américain envisage également l'abolition des coupures d'impôts votées en 2001 et 2003, ce qui aura pour effet de décourager le travail, l'épargne, l'investissement et l'entrepreneurship. Or, une telle décision nuit à la compétitivité des industries américaines et compromet la relance.

Pour «sauver» l'économie, le Congrès a accepté de dépenser 787 milliards pour un plan de relance de 1000 pages qu'aucun membre n'a lues. Puis, par souci de «contenir» le déficit, Washington annonce une réduction des dépenses de l'ordre de 100 millions, soit l'équivalent de 0,003% du budget! Est-ce donc à ses coupures budgétaires dérisoires et à ses dépenses titanesques que le président doit sa popularité?

À moins que ce ne soit au fait qu'il ait outrepassé son droit constitutionnel en exigeant le renvoi du PDG de GM? Ou encore parce qu'il a choisi de lancer un vaste chantier de nationalisation en remettant au goût du jour de vieilles idées communistes qui ont fait banqueroute?

Sur le plan de la diplomatie et de la géopolitique, les initiatives du jeune président sont singulières. Il décide de restreindre les échanges commerciaux avec la Colombie, mais il souhaite les intensifier avec Cuba. Il revoie un buste de Churchill que Tony Blair avait offert à Bush et qui se trouvait dans le bureau ovale, mais il accepte le cadeau littéraire d'Hugo Chavez. Il se montre conciliant avec l'Iran qui poursuit ses essais nucléaires sans faire cas des demandes de Washington, mais monte le ton avec Israël, la seule démocratie au Moyen Orient et l'allié des États-Unis de longue date. Il ne s'incline pas devant la Reine d'Angleterre, ce que l'on peut concevoir, mais il gratifie le Roi d'Arabie Saoudite d'une génuflexion qui semble cacher un baisemain. Si un autre chef d'état se rendait coupable des mêmes paradoxes, bénéficierait-il de la même indulgence des médias et de la population?

Obama a subjugué la planète. Or, la nomenclature ci-dessus mérite-elle réellement autant d'admiration? Je repose donc la question: qu'a fait Obama de si exceptionnel pour justifier tant de louanges?

Nathalie Elgrably-Lévy est économiste senior à l'Institut économique de Montréal.

mercredi 27 mai 2009

GM et la crise... toute une saga pour tout un symbole.

Un article de Radio-Canada que j'ai lu ce matin. Ou est passé l'époque où on laissait la place quand on n'était plus compétitif ? Comment s'en sortir avec un système hybride: capitaliste sans pitié quand tout va bien et subventions et appels à l'aide quand tout va mal ?

Vers la faillite

Mise à jour le mercredi 27 mai 2009 à 9 h 56

General Motors serait sur le point de se placer sous la protection de la loi sur les faillites.

Le constructeur américain a annoncé mercredi l'échec des négociations avec les créanciers sur la restructuration de sa dette obligataire.

GM proposait à ses créanciers de convertir leurs titres en actions de l'entreprise. Le schéma initialement présenté proposait aux créanciers de recevoir 10 % du capital du constructeur, mais ces derniers ont jugé qu'ils étaient mal traités par rapport à d'autres parties prenantes.

Le numéro un américain de l'automobile s'était fixé pour objectif d'obtenir l'accord de 90 % de ses porteurs de dette obligataires. Mais la réponse a été en deçà des attentes de GM.

De ce fait, le conseil d'administration de GM se réunira pour discuter des mesures à prendre.

La restructuration de 27,2 milliards de dollars de dettes non garanties était l'une des conditions posées par le Trésor américain pour éviter au constructeur un dépôt de bilan. L'échéance a été fixée au 1er juin.

Le Trésor avait prévenu qu'en cas de dépôt de bilan, les actionnaires actuels allaient tout perdre et que les porteurs de titres non garantis pourraient ne recevoir qu'une partie de leur dû.

Une faillite de GM serait la quatrième en importance dans l'histoire récente des États-Unis.

Avec 91 milliards de dollars américains d'actifs fin 2008, une faillite de GM serait la quatrième en importance après la banque d'affaires Lehman Brothers (septembre 2008, 691 milliards d'actifs), la banque commerciale Washington Mutual (septembre 2008, 328 milliards d'actifs) et le groupe de télécommunications WorldCom (juillet 2002, 104 milliards d'actifs).

Selon le quotidien Wall Street Journal, l'État fédéral se retrouverait finalement à la tête d'une participation pouvant atteindre 70 %, reflétant les sommes colossales qu'il va lui falloir injecter dans l'entreprise pendant la durée de sa restructuration sous contrôle judiciaire.

L'administration Obama serait prête à injecter jusqu'à 50 milliards de dollars pour éviter une liquidation pouvant avoir des conséquences en chaîne sur l'ensemble de l'économie du pays.

Par ailleurs, la Commission européenne a demandé une réunion des ministres des Finances et de l'Industrie européens sur l'avenir de GM en Europe. Les Européens craignent la perte de dizaines de milliers d'emplois. Le constructeur américain possède Opel en Allemagne, Vauxhall en Grande-Bretagne et SAAB en Suède.

Radio-Canada.ca avec Agence France Presse

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Le roi déchu
Le Journal de Montréal, p. 29 / Nathalie Elgrably-Lévy, 04 juin 2009

Albert Camus nous enseignait que «Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde». On pourrait également dire que c’est une pratique sournoise visant à détourner l’attention, voire même à occulter la réalité. Le cas de GM en est la preuve.

Le constructeur a demandé au tribunal sa mise sous chapitre 11. Théoriquement, cette mesure devrait lui permettre de rester en possession de tous ses actifs, et de négocier les demandes des créanciers, les échéances de ses paiements et le montant de sa dette, tout cela afin d’assurer le retour à la rentabilité. Or, dans le cas de GM, son plan de restructuration donnera naissance à une nouvelle entité détenue à 72% par les gouvernements américain et canadien. Ne serait-il donc pas plus approprié de parler de nationalisation? À moins, bien entendu, qu’on évite d’employer le mot juste pour camoufler l’agenda socialiste de la nouvelle administration!

Évidemment, Washington a promit de rester à l’écart des décisions de gestion. Mais on peut raisonnablement douter qu’il respectera son engagement. L’administration Obama a déjà renvoyé le PDG de GM et a fixé un objectif de vente de 10 millions de voitures annuellement. Récemment, elle s’est réservé le droit de voter sur les questions de gouvernance qu’elle juge fondamentales, mais sans jamais les définir précisément. On peut donc s’attendre à ce qu’elle impose certains choix, comme la construction de voitures propres qui répondront à son souci écologique, ou l’interdiction de construire des véhicules ailleurs qu’aux États-Unis.

Mais indépendamment de l’ingérence de Washington, il faut s’interroger sur l’utilité de la nationalisation.

Tout d’abord, vu les montants investis, il faudrait que la nouvelle entité vende 14 millions de véhicules annuellement pour que l’État commence à récupérer son argent. Or, on voit mal pourquoi la nationalisation inciterait les Américains à accorder leur préférence aux véhicules GM alors qu’ils les boudent depuis longtemps. Le fait que l’entreprise appartienne à l’État serait-il devenu un argument de vente?

Ensuite, il faut se demander comment cette nationalisation affectera la capacité de financement de Ford. Comme Washington possède 60% de GM, il pourrait être tenté d’adopter des mesures ou de voter des lois qui avantageraient la nouvelle société d’État au détriment de ses rivales, créant ainsi une concurrence déloyale contre laquelle personne n’aura de recours. Le nouvel actionnariat public place tous les constructeurs en position de faiblesse par rapport à GM. Dans ce contexte, quel investisseur serait désormais disposé à prêter à Ford? Or, si ce dernier est incapable de trouver les fonds nécessaires à l’achat de capital physique ou de nouvelles technologies, il deviendra moins compétitif et pourrait à son tour recourir au chapitre 11. En voulant «sauver» GM, l’administration Obama est donc peut-être en train de fragiliser davantage les piliers d’une industrie déjà en crise.

Finalement, puisque GM et Chrysler bénéficient des largesses de l’État, ne serait-il pas logique que Ford tente également d’obtenir des fonds publics? Pouvons-nous vraiment espérer qu’elle s’évertue à assainir son bilan si le contribuable peut payer la note à sa place?

Certains diront que cette nationalisation vaut la peine au regard des emplois qu’elle permet de préserver. Or, un calcul rapide montre que, jusqu’à maintenant, chaque emploi maintenu chez GM a coûté 427 000$ aux contribuables américains, et 1,4 million $ aux contribuables canadiens. Pour les raisons invoquées ci-dessus, le coût total sera nettement plus important. On veut sauver l’industrie automobile. Soit! Mais qui sauvera le contribuable?

Nathalie Elgrably-Lévy est économiste senior à l'Institut économique de Montréal.

* Cette chronique a aussi été publiée dans Le Journal de Québec.



vendredi 24 avril 2009

Arrêtons de nous plaindre !

Il y a une chronique sur la crise sur Radio-Canada par Nicolas Duguay, et plus que la chronique, j'aime bien lire les commentaires des gens ensuite pour voir comment ils analysent la situation actuelle. Elles sont particulièrement intéressantes cette semaine, à propos de la chronique "La face cachée du sous-emploi". Mr Duguay y explique que le taux de chômage est élevé au Canada mais ce n'est pas fini: non seulement le nombre de personnes qui travaillent à temps partiel augmente, mais la crise est arrivée à un moment où les Canadiens sont très endettés et ont très peu d'épargne.

Alors je me dis, tiens, je vais lire les commentaires pour voir si les gens sont alarmés... et bien non ! Je vous présente quelques-unes:

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22 avril 2009 - 16:25
La hausse de la dette de 80% à 130% du revenu, ainsi que le taux d'épargne qui passe de 13% à 3% n'a rien d'alarmant. La question qu'il faut se poser: De quel type de passif s'agit-il? S'agit-il d'une hypothèque en bonne et due forme, dont le remboursement en soit constitue une sorte d'épargne forcée, donc un excellent investissement si l'actif a été payé un bon prix. Il faut relativiser et analyser chaque cas particulier. Pour les individus qui ne se retrouvent pas dans la situation présentée ici, et bien qu'ils travaillent davantage pour payer les coupables excentricités qu'ils ont consommées. En bon 'rat de bibliothèque' que vous êtes, vous trouverez sûrement une statistique qui explique que le nombre d'heures moyen travaillées dans la semaine est de 27.4 heures. Le canadien moyen est un 'fainéant' comparativement à d'autres sociétés civilisées. Les semaines de travail des 'dépensiers' doivent se relever à 60-70-100 heures par semaine. Un point c'est tout. Cumulez plusieurs emplois s'il le faut, mais faites face à vos engagements.
Envoyé par Jean Tremblay, Montréal


22 avril 2009 - 16:44
Je ne crois pas que les faillites auront un impact sur l'économie. C'est plus l'économie qui a eu un impact sur les faillites. L'économie était basée sur l'argent du crédit. Le crédit a stoppé il y a quelques mois, elle s'est ralentie et les gens qui ont perdu leur emploi et qui étaient endettés par dessus la tête ont fait faillite. S'ils n'avaient pas fait faillite, ils n'auraient pas injecté plus d'argent du crédit puisqu'ils étaient déjà endettés. Donc en terme d'argent du crédit qui fait rouler l'économie, l'impact est pratiquement nul. Les seuls à s'en plaindre restent les banques et les agents d'immeubles. Le seul impact sur le reste de la population est que la valeur des propriétés stagne, donc il est impossible de refinancer pour se payer des voitures à 40000$. Non pas que ça change de quoi puisque refinancer pour se payer du luxe n'est plus vraiment à la mode.
Envoyé par David Labbe, Quebec

23 avril 2009 - 10:22
Ce commentaire apporte un complément et finalise mon commentaire du 22 avril 16:13, en réponse à ceux qui sortiraient la carte: Qu'il n'y a pas d'emploi en période de récession où toutes les entreprises licencient. Je réponds FOUTAISE.
Si vous n'avez pas de réseaux de contacts pour vous 'pistonner', ou que tous vos contacts sont brûlés, ou que vous êtes trop timides pour faire vos propres approches, ne désespérez pas: que ces raisons ne soient pas des écueils pour échouer sur la banquise, avant même d'Avoir fait la première tentative.
Des entreprises se feront un plaisir de vous compter comme client. Ils vont vous dénicher de l'emploi: Les Agences de Placements pullulent. (Quantum, ManPower et consorts; ainsi que les firmes de chasseurs de têtes.)
N'oubliez pas aussi les champs de Fraise en dernier recours. Vous y penserez 2 fois à l'Avenir avant de contracter cette télé HD, qui nécessite son abonnement mensuel coûteux, sans avoir eu les moyens de la payer CA$H. CA$H is KING.
Envoyé par Jean Tremblay, Montréal

23 avril 2009 - 10:38
ben voyons, 60-70-100 heures par semaine! 60 heures = 10 heures par jour, 6 jours par semaine! Transport et repas non compris!
70 = 10 heures par jour, 7 jours par semaine! Transport et repas toujours non compris! OU 11heures 45 minutes par jours, 6 jours par semaine!
100 heures par semaine = 20 hrs/jour si on travaille 5 jours! OU 16h45 par jours si on en travaille 6!
Faut être sérieux dans nos commentaires. Pourtant, on l'entend souvent celle-là: "moi je travaille 60 heures semaine"... bouleshi...
Envoyé par Christian Tremblay, Gatineau

23 avril 2009 - 11:35
Je vois pas en quoi le fait de travailler 60+ heures par semaine est impossible. J'en connais plusieurs qui ont plus d'un emploi. Certains se tapent même 2 shift de 8h en ligne à 2 places différentes pour arrondir les fins de mois. D'autres investissent du temps dans leur entreprise les soirs et fins de semaines. Il y en a qui le font parce qu'ils s'ennuient chez eux. Et il y a tout un peuple qui travaille au minimum 60 heures par semaine dans des conditions exécrables : les Chinois.
Envoyé par David Labbe, Quebec

23 avril 2009 - 11:41
Mon propre père a des talons de payes hebdomadaires de 110heures=110 piastres.
Il y en a Monsieur qui ont battue la trail avant nous.
Cessons de nous plaindrent.
Envoyé par Yves Filiatrault, Ste-Véronique

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Eh ben, au Québec c'est pas le travail qui fait peur ! Mais c'est aussi la caractéristique première de l'Amérique du Nord. Beaucoup d'immigrants (légaux ou non) ont facilement deux ou trois emplois et dorment quatre heures par jour, parfois dans leur voiture entre deux shifts qui se trouvent dans deux villes différentes. Mais il ne faut pas oublier que les parents, les grands-parents ou arrière-grands-parents de ceux qui sont nés ici on été des immigrants et que la culture de la survie est très ancrés sur ces terres.

Par contre en France, il y a la culture révolutionnaire de gauche qui est très ancrée chez les populations. Alors il arrive qu'on séquestre les patrons en temps de crise... La comparaison entre les cultures de négociation de ces deux cousins, le Français et le Québécois, et celle de leurs réactions actuelles face au chômage est très intéressante d'ailleurs.

On en fait pas assez selon Krugman

Le Prix Nobel d'économie de cette année, Paul Krugman, est très critique sur son blog sur les actions nouveau Président des États-Unis face à la crise: il fait bien mais vraiment pas assez. Économiste de gauche, il recommande d'aller jusqu'au bout des réformes, vers un vrai changement structurel du système américain. À mon avis, la crise va peut-être aider à entamer ce changement, mais on parle d'un changement d'idéologie aux États-Unis... Ce n'est pas évident.

Voici un article de Libération intitulé: "Paul Krugman, le Nobel de gauche qui attaque Obama"

http://www.liberation.fr/economie/0101562067-paul-krugman-le-nobel-de-gauche-qui-attaque-obama

Et voici un article de Krugman. J'aime beaucoup ce ton très incisif !

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March 23, 2009
Op-Ed Columnist

Financial Policy Despair

Over the weekend The Times and other newspapers reported leaked details about the Obama administration’s bank rescue plan, which is to be officially released this week. If the reports are correct, Tim Geithner, the Treasury secretary, has persuaded President Obama to recycle Bush administration policy — specifically, the “cash for trash” plan proposed, then abandoned, six months ago by then-Treasury Secretary Henry Paulson.

This is more than disappointing. In fact, it fills me with a sense of despair.

After all, we’ve just been through the firestorm over the A.I.G. bonuses, during which administration officials claimed that they knew nothing, couldn’t do anything, and anyway it was someone else’s fault. Meanwhile, the administration has failed to quell the public’s doubts about what banks are doing with taxpayer money.

And now Mr. Obama has apparently settled on a financial plan that, in essence, assumes that banks are fundamentally sound and that bankers know what they’re doing.

It’s as if the president were determined to confirm the growing perception that he and his economic team are out of touch, that their economic vision is clouded by excessively close ties to Wall Street. And by the time Mr. Obama realizes that he needs to change course, his political capital may be gone.

Let’s talk for a moment about the economics of the situation.

Right now, our economy is being dragged down by our dysfunctional financial system, which has been crippled by huge losses on mortgage-backed securities and other assets.

As economic historians can tell you, this is an old story, not that different from dozens of similar crises over the centuries. And there’s a time-honored procedure for dealing with the aftermath of widespread financial failure. It goes like this: the government secures confidence in the system by guaranteeing many (though not necessarily all) bank debts. At the same time, it takes temporary control of truly insolvent banks, in order to clean up their books.

That’s what Sweden did in the early 1990s. It’s also what we ourselves did after the savings and loan debacle of the Reagan years. And there’s no reason we can’t do the same thing now.

But the Obama administration, like the Bush administration, apparently wants an easier way out. The common element to the Paulson and Geithner plans is the insistence that the bad assets on banks’ books are really worth much, much more than anyone is currently willing to pay for them. In fact, their true value is so high that if they were properly priced, banks wouldn’t be in trouble.

And so the plan is to use taxpayer funds to drive the prices of bad assets up to “fair” levels. Mr. Paulson proposed having the government buy the assets directly. Mr. Geithner instead proposes a complicated scheme in which the government lends money to private investors, who then use the money to buy the stuff. The idea, says Mr. Obama’s top economic adviser, is to use “the expertise of the market” to set the value of toxic assets.

But the Geithner scheme would offer a one-way bet: if asset values go up, the investors profit, but if they go down, the investors can walk away from their debt. So this isn’t really about letting markets work. It’s just an indirect, disguised way to subsidize purchases of bad assets.

The likely cost to taxpayers aside, there’s something strange going on here. By my count, this is the third time Obama administration officials have floated a scheme that is essentially a rehash of the Paulson plan, each time adding a new set of bells and whistles and claiming that they’re doing something completely different. This is starting to look obsessive.

But the real problem with this plan is that it won’t work. Yes, troubled assets may be somewhat undervalued. But the fact is that financial executives literally bet their banks on the belief that there was no housing bubble, and the related belief that unprecedented levels of household debt were no problem. They lost that bet. And no amount of financial hocus-pocus — for that is what the Geithner plan amounts to — will change that fact.

You might say, why not try the plan and see what happens? One answer is that time is wasting: every month that we fail to come to grips with the economic crisis another 600,000 jobs are lost.

Even more important, however, is the way Mr. Obama is squandering his credibility. If this plan fails — as it almost surely will — it’s unlikely that he’ll be able to persuade Congress to come up with more funds to do what he should have done in the first place.

All is not lost: the public wants Mr. Obama to succeed, which means that he can still rescue his bank rescue plan. But time is running out.

vendredi 17 avril 2009

Ou peut-être sommes-nous aveugles...

Depuis le début de la crise, il y a une question qui me turlupine: comment les américains vont faire pour que l'industrie automobile ne s'effondre pas ?

Bon, en Occident la plupart des gouvernements font des subventions monstres pour soutenir des industries qui ne sont pas compétitives sur le plan international et qui tue les secteurs correspondants qui se trouvent dans ce qu'on appelle le Tiers-Monde et qui, objectivement parlant, sont plus productifs. On se souvient notamment du cas du coton qui revient toujours sur la table lors des réunions de l'OMC.

Mais de nos jours, on parle de plus en plus de Quart-Monde. Qu'est-ce que le Quart-Monde ? Petit tour sur Wikipédia et on peut lire: "Le quart-monde est cette couche de population la plus défavorisée, ne disposant pas des mêmes droits que les autres, et qui existe dans tous les pays, qu'ils soient riches ou pauvres." Eh oui, ce qui se fait dans le Tiers-Monde... ce fait aussi au sein même des pays occidentaux. Et là, je me dis qu'il serait temps que les populations du Nord s'implique. J'étais hier à la dernière journée du Sommet du Millénaire de Montréal 2009. Comme d'habitude, il a été question de l'Afrique, de la pauvreté, du Sida et il faut aider. Mais quelque chose qui revenait régulièrement de la part de certains intervenants c'était: "Le Club des petits-déjeuners permet d'offrir ce repas au Québec à 15 000 enfants défavorisés chaque matin", ou "Les peuples indigènes ont une espérance de vie de 10 à 20 ans inférieure à celle des populations non indigènes dans un même pays", ou encore "J'ai fait de l'humanitaire à travers le goble pendant plusieurs années, puis je suis revenu à Montréal pour aider à éradiquer la pauvreté dans ma ville pour ensuite retourner aider ailleurs, mais la tâche est tellement lourde, il y a tellement de choses inadmissibles qui sont subies chaque jour par nos propres enfants que je pense que je n'aurai plus l'occasion d'aider ailleurs..." Je veux dire quand des enfants qui sont nés dans un pays riche et stable comme le Canada sont si nombreux à ne pas manger le matin avant d'aller à l'école, il y a un problème. C'est pour cela qu'il faut parler de Quart-Monde. La crise permet justement de mettre en relief encore plus ces situations-là.

Et pour revenir à ce qui me turlupine, à savoir le cas de cette industrie automobile aux États-Unis qui est de moins en moins compétitive et que le gouvernement américain continue de soutenir (par symbolisme ?), voici ci-dessous l'avis de Mme Elgrably-Lévy là-dessus.

Et si on laissait mourir GM
Le Journal de Montréal, p. 29 Nathalie Elgrably-Lévy, 16 avril 2009

On apprenait lundi que le Trésor américain prépare la faillite de GM. La nouvelle attriste, choque et désole. Or, même si cela peut surprendre, le dépôt du bilan est très certainement la meilleure solution pour GM, pour les investisseurs, et pour les consommateurs, d'autant plus que les déboires de l'entreprise durent depuis plus 20 ans!

Pour plusieurs, une faillite équivaut à une sentence de mort, à une fin ultime. C'est vrai pour GM, mais l'est-ce également pour l'industrie automobile? La disparition de GM implique-elle que les Américains cesseront dorénavant d'acheter des voitures et qu'ils enfourcheront leurs vélos? Si leur amour pour l'automobile ne s'éteint pas avec GM, ne faudra-t-il que d'autres constructeurs prennent la relève pour répondre à la demande?

La faillite, c'est une manière de mettre fin à un modèle d'affaires insoutenable à long terme. Un tribunal reconnaît le fait que l'entreprise est incapable de payer ses dettes, procède à la liquidation de ses actifs, et rembourse ses créanciers dans la mesure du possible. Or, qui achèterait une usine de GM ou ses équipements si ce n'est pour construire des autos? Les emplois perdus chez GM seront donc remplacés par d'autres créés par les nouveaux propriétaires. Certes, les nouveaux emplois n'offriront pas des conditions aussi avantageuses que celles actuellement offertes par le géant américain. C'est normal puisque celles-ci sont en partie responsables du gouffre financier de l'entreprise, et que la faillite permet précisément de se libérer de telles ententes pour offrir des conditions qui assureront la pérennité de l'entreprise.

De plus, tant que GM est sous respirateur artificiel, des ressources précieuses et des capitaux servent à produire de manière inefficace des véhicules que les consommateurs trouvent médiocres. La faillite est avantageuse, car elle libère ces ressources qui peuvent ensuite être redirigées vers des productions plus appréciées et des entreprises plus innovatrices. Continuer à aider GM, c'est donc non seulement récompenser des dirigeants incapables de s'adapter à la demande, mais c'est aussi pénaliser des entrepreneurs brillants en les privant des ressources nécessaires à leur croissance et en leur imposant une concurrence aussi artificielle qu'inutile. Ainsi, la fermeture de GM permettrait, par exemple, aux capitaux et aux ressources de migrer vers Tesla, le constructeur de la Roadster, un véhicule entièrement électrique plus près des préoccupations du 21e siècle que les modèles proposés par GM.

L'Économiste Joseph Schumpeter emploie l'expression «destruction créatrice» pour décrire le procédé par lequel des entreprises innovantes se substituent à celles qui sont moins efficaces, ou dont le produit est simplement dépassé. C'est ainsi que le CD a remplacé le disque de vinyle et que les caméras numériques ont détrôné les légendaires Polaroïd. Aurait-il fallu subventionner les entreprises anachroniques pour les garder en vie?

Dans un monde en perpétuelles mutations, on s'acharne souvent à préserver le statu quo, comme si l'état actuel du monde était le meilleur possible. Mais nos efforts pour figer le passé nous font perdre de vue l'avenir. Dans le dossier de GM, ce n'est pas tant la faillite qui devrait nous choquer le plus, mais bien le fait que le constructeur prolonge son agonie en tardant à déposer son bilan. Le contribuable américain a déjà dépensé 13,4 milliards pour «sauver» le constructeur, et on se retrouve au même point qu'il y a quelques mois. Ce genre d'aide équivaut à de l'acharnement thérapeutique sur un malade cliniquement mort. Les intentions sous-jacentes sont certes louables, mais si le géant américain n'est plus de son temps, ne devrait-il pas laisser la place à d'autres?

Nathalie Elgrably-Lévy est économiste senior à l'Institut économique de Montréal.

* Cette chronique a aussi été publiée dans Le Journal de Québec.

mercredi 15 avril 2009

Nous serions complètement à côté de la plaque !

Voici un texte d'opinion qui prône une approche qui fait de plus en plus parler d'elle, à savoir prendre le capitalisme comme un tout, avec ses expansions et ses récessions, au lieu de s'aventurer dans les approches mixtes comme nous le faisons actuellement. En effet, il est légitime de se demander si nous ne sommes pas entrain d'exiger le beurre et l'argent du beurre... Ce débat vieux de 80 ans au moins entre l'approche classique et l'approche keynésienne est encore ouvert.

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De la bouche du gourou
Le Journal de Montréal, p. 29 Nathalie Elgrably-Lévy, 26 mars 2009

Cela fait déjà quelques semaines que j’ai envie de vous parler de l’Australie, mais ce n’est ni pour ses marsupiaux ni pour son célèbre Opéra. C’est plutôt parce que nous aurions intérêt à tirer quelques enseignements économiques de son histoire.

À l’instar de nombreux pays, l’Australie n’a pas échappé à la Grande Dépression. Mais le défi que cette île du bout du monde devait relever était d’autant plus considérable qu’elle était relativement désavantagée: elle était peu peuplée; son économie, relativement petite, reposait sur l’agriculture et les exportations minières; sa base industrielle était limitée; les investissements manquaient et, pour couronner le tout, les grèves étaient très fréquentes.

Mais, contre vents et marées, l’Australie réussit à se sortir de la Dépression plus rapidement que les États-Unis. Ainsi, en 1932, les taux de chômage aux États-unis et en Australie étaient respectivement de 23,6% et de 23%. En 1938, il atteignait encore 19% chez l’Oncle Sam, mais avait diminué à 8,9% au pays des kangourous.

L’Australie avait-elle accompli cet exploit grâce à un plan de relance encore plus ambitieux que le New Deal? Avait-elle généreusement aidé les entreprises en difficulté? Sa Banque Centrale avait-elle injecté d’importantes quantités de monnaie? Non! Rien de tout cela. Exception faite de dépenses minimes en infrastructures, l’Australie n’avait aucun plan de relance d’inspiration keynésienne, aucun plan de sauvetage, aucun budget de crise.

En revanche, le gouvernement de Canberra adopta le «Premiers’ Plan» dès 1931, par lequel il s’engageait à réduire les dépenses gouvernementales de 20%, y compris les dépenses militaires, à maintenir l’équilibre budgétaire, et à réduire aussi bien les salaires des travailleurs du secteur public que ceux du secteur privé.

Ces mesures, aux antipodes de l’interventionnisme que J. M. Keynes prônait alors, n’étaient pas le produit des délirantes élucubrations du premier ministre australien, James Scullin. Elles n’étaient que la concrétisation des bonnes vieilles théories économiques classiques selon lesquelles, comme l’exige le gros bon sens, un pays doit réduire sa consommation, épargner, investir et être plus productif s’il veut prospérer.

Presque huit décennies plus tard, l’héritage de Keynes domine encore l’économie politique. Faisant fi des enseignements de l’histoire, politiciens et commentateurs restent convaincus de la nécessité de dépenser massivement et de générer un déficit pour stimuler l’économie.

Exception faite du Nouveau-Brunswick qui a récemment annoncé d’importantes compressions de la fonction publique et un allégement du fardeau fiscal des contribuables et des entreprises, le reste du monde semble vouloir imiter, à divers degrés, les initiatives keynésiennes de Washington.

Au Québec, la ministre des Finances, madame Monique Jérôme-Forget, a fait également référence à J.M. Keynes pour justifier son dernier budget. Manifestement, le célèbre économiste britannique est devenu le gourou de la plupart des décideurs publics dont le comportement moutonnier n’a d’égal que leur manque de culture économique.

Pourtant, s’ils se donnaient la peine de se renseigner convenablement, ils apprendraient que les déficits, même s’ils sont suivis d’un retour à l’équilibre budgétaire, ne sont pas une panacée. Bien au contraire! Ils réaliseraient également que la pensée keynésienne qu’ils vénèrent tant a été totalement discréditée entre autres par Friedrich Hayek, récipiendaire du prix Nobel d’économie de 1974.

Mais surtout, ils découvriraient que, dans un article posthume, publié en 1946 dans le Economic Journal, Keynes lui-même admet avoir eu tort de dédaigner la pensée de l’école classique qu’il juge finalement empreinte d’une grande vérité. Ces politiciens qui veulent paraitre instruits en invoquant la pensée de Keynes auraient vraiment intérêt à lire ses écrits plutôt qu’à répéter ce que certains leur soufflent!

Nathalie Elgrably-Lévy est économiste senior à l'Institut économique de Montréal.

* Cette chronique a aussi été publiée dans Le Journal de Québec.

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Un autre texte plus récent:


Empire ou république de bananes?
Le Journal de Montréal, p. 23 Nathalie Elgrably-Lévy, 02 avril 2009

On a vivement dénoncé les primes de 165 millions $US versées par AIG à ses dirigeants, et on a amplement discouru sur la rémunération des chefs d’entreprises.

Certes, employer l’argent des contribuables pour récompenser les cadres d’une entreprise en difficulté est inqualifiable et impardonnable.

Mais pendant que toute notre attention était tournée vers le mélodrame politique dont Washington était le théâtre, une décision infiniment plus grave et plus lourde de conséquences a été prise.

Depuis dix jours, on se laisse distraire par un scandale alimenté et amplifié par le Congrès, alors que nos yeux devraient être rivés sur la Fed.

On consacre les manchettes au manque d’éthique d’AIG, mais ce sont les actions des autorités monétaires américaines qu’on devrait violemment dénoncer.

En effet, personne n’a sourcillé quand, le 19 mars dernier, la Fed a annoncé qu’elle injectera 1200 milliards supplémentaires.

Pourtant, en dépensant 1$ à la seconde, il faudrait 5,2 années pour atteindre 165 millions, mais 37 800 ans pour arriver à 1200 milliards. Mis en perspective, les bonis d’AIG, c’est un grain de sable dans le désert!

En pratique, la Fed va tout simplement imprimer le montant annoncé.

En novembre dernier, j’avais déjà exprimé ma crainte de voire la Réserve fédérale recourir à la planche à billets comme mode de financement, car cette méthode génère invariablement de l’inflation.

Aujourd’hui, quand on ajoute à la récente annonce tous les plans de relance et de sauvetage adoptés au cours des derniers mois, l’inflation n’est plus une inquiétude, c’est une certitude absolue.

Et devant l’ampleur de la monétisation, la dévaluation de la monnaie sera énorme, et on ne peut exclure la possibilité d’une hyperinflation digne du Zimbabwe d’aujourd’hui ou de l’Allemagne des années 1930.

D’ailleurs, tous les pays qui ont imprimé de l’argent pour honorer leurs engagements ont occasionné une inflation dévastatrice, et ont dû subir les conséquences sociales désastreuses qu’elle implique.

Ils ont appris, de la manière la plus douloureuse possible, qu’on ne règle pas un problème structurel en imprimant de l’argent. Alors, pourquoi Washington et la Fed empruntent-ils cette avenue?

Comme ils n’ignorent certainement pas les conséquences de leur geste, il faut en conclure qu’ils agissent sciemment.

Notons que la dette américaine représente aujourd’hui plus de 360% du PIB, sans compter le régime public de retraite, le Médicaire, et la sécurité sociale.

Techniquement, le gouvernement américain est en faillite. Il lui est impossible de rembourser ses créanciers.

Or, l’inflation avantage toujours les emprunteurs, car elle diminue la valeur réelle des montants remboursés. Ainsi, la dette colossale d’aujourd’hui apparaîtra insignifiante lorsque, «grâce» à la Fed, le billet vert ne vaudra plus que quelques sous.

Mais si l’inflation allège la dette de Washington, elle appauvrit tous ceux qui, à force d’efforts et de sacrifices, ont amassé quelques épargnes.

Elle réduit le niveau de vie de tous les baby boomers qui, à l’aube de la retraite, comptent sur leurs bas de laine. En peu de temps, l’inflation peut dilapider les économies de toute une vie.

L’inflation, c’est un spectaculaire hold-up perpétré par la banque centrale. Et comme le dollar américain est la monnaie de référence, personne ne sera épargné. Voilà qui est bien plus scandaleux qui les bonis d’AIG!

Obama a hérité d’une crise économique, j’en conviens. Mais lui seul est responsable des décisions prises depuis janvier, et du vandalisme économique que subit l’Amérique.

On a dit que l’élection d’Obama est historique. C’est vrai! C’est sous sa présidence que l’empire américain deviendra une république de bananes!

Nathalie Elgrably-Lévy est économiste senior à l'Institut économique de Montréal.

* Cette chronique a aussi été publiée dans Le Journal de Québec.