mardi 22 septembre 2009

« À cœur ouvert » avec M. Ousseynou Diop


Voici une entrevue avec M. Ousseynou Diop que j'ai trouvée sur le site du Regroupement Général des Sénégalais du Canada (RGSC). Je la partage avec vous (Tous droits réservés par le RGSC).





3 septembre 2005

Entrevue avec : M. Ousseynou Diop

M. Ousseynou Diop est d’origine sénégalaise et il est très attaché à son identité culturelle et à sa Terre d’Afrique, et c’est avec fierté que le Québec peut le compter parmi les siens depuis plus de 30 ans! Toujours présent lors des grands événements du RGSC, Ousseynou Diop ne laisse personne indifférent, tant par sa personnalité chaleureuse que par sa présence agréable et accueillante.

Il a laissé sa trace au Québec au fil des ans : Journaliste dans ses débuts de carrière, il fut directeur des opérations à « Radio-Canada International » pendant de très nombreuses années. Il y a plus de 21 ans, il a co-créé le festival « Vues d’Afrique » dont la renommée n’est plus à faire et qui jouit d’un prestige mondial. Il est maintenant Président du Conseil d’Administration et mets toujours autant d’ardeur et de passion à faire la promotion du Cinéma Africain. Il a également mis sur pied la « Chambre de commerce et d’industrie africaine au Canada ». Entre temps, nous avons eu le grand plaisir de le voir au cinéma dans divers films, tel que le récent film « Madame Brouette » qui a été projeté sur nos écrans de cinéma au Québec (ce qui n’est pas courant – malheureusement – pour les films africains). Il a également joué dans les films « Pour ceux qui savent » et « Touki-Bouki (Le voyage de la hyène) ». Ce n’est pas tout, la télévision québécoise a également profité de ses talents lorsqu’il a fait apparition dans la très populaire émission « La petite vie » ainsi que dans quelques autres émissions de télévisions.

M. Diop est un « pince-sans-rire » qui aime mettre les gens à l’aise autours de lui. C’est un très grand communicateur qu’il fait plaisir à écouter, son amour pour la langue française ne fait aucun doute. Il semble qu’il adore faire la cuisine, alors espérons qu’il nous fera part de sa recette préférée…

M. Ousseynou Diop, merci infiniment de bien vouloir répondre « À cœur ouvert » à nos nombreuses questions afin de nous permettre de mieux vous connaître et partager votre expérience avec vos frères et sœurs sénégalais et sénégalophiles. Nous savons qu’il n’est pas toujours facile de se livrer à cœur ouvert comme vous allez le faire, mais quelle joie de pouvoir partager son expérience personnelle de vie et de permettre à la communauté sénégalaise de se connaître mieux!


RGSC : Racontez-nous un peu votre vie au Sénégal.

En fait je dois commencer par raconter qu’à l’inverse de la majorité de mes compatriotes, je suis né sur un paquebot, en haute mer alors que mes parents revenaient au Sénégal en pleine deuxième guerre mondiale. Ma prime jeunesse s’est déroulée en Guinée, alors colonie française et nous vivions dans la ville de Kindia. J’y ai commencé l’école primaire chez les Pères Blancs, bien que notre famille soit musulmane. C’est en 1949 que mon père a regagné son poste à Dakar et que mes frères et moi avons vraiment découvert notre pays : Le Sénégal ! Nous vivions dans le quartier de la Médina (Tillène), près de la résidence de Médine et de la fameuse école Médine immortalisée par André Demaison. Mes copains de jeux vivaient entre Diekko et la Gueule tapée. À l’école primaire, j’allais au ‘Petit Lycée’ de la Rue Thiers; le secondaire s’est fait en deux temps; d’abord au Lycée Van Vollenhoven jusqu’au brevet puis à Delafosse puisqu’ils avaient ouvert un département de chimie et mes aspirations étaient scientifiques ! Les études supérieures se sont brièvement poursuivies à la faculté de sciences de l’Université de Dakar puisque j’ai réussi au concours qui devait me mener en France recevoir ma formation en pétrochimie.

Les hasards de la vie (sic) m’ont mené vers les communications et au lieu de la raffinerie de Mbao, ce fut Radio Sénégal qui m’accueillit pour mon premier emploi ! Je suis retourné en France pour étudier la radio et le journalisme puis, de retour je me suis fait un nom à Radio Sénégal en animant de nombreuses émissions pour les jeunes dans les années 60 (l’époque des « idoles » et les jeunes se cherchaient une identification avec des vedettes des arts dans ce foisonnement de stars et d’idoles -fabriquées ou réelles-)! J’ai eu la chance de frapper dans le mille et surtout d’avoir été sincère dans ce monde artificiel !

À cette époque, j’ai aussi la chance de me trouver proche du cratère qui vit la naissance de notre cinéma national et j’ai participé comme acteur à plusieurs films devenus des classiques.

Tout au long de ce parcours, j’ai eu la chance de bénéficier d’une ambiance familiale exceptionnelle : bien que bigame, mon père, fonctionnaire dans l’administration coloniale française, avait des idées très libérales et très ouvert sur le multiculturalisme, ce qui se reflétait dans la variété des visiteurs qui venaient à la maison.

Nos ‘deux’ mères nous entouraient de la même affection, sans rivalité ni jalousie ! (nous étions 6 enfants, tous de la même mère). Vraiment une jeunesse heureuse que beaucoup de nos amis nous enviaient.

RGSC : Avez-vous voyagé avant d'arriver au Canada?

Oui, d’abord, j’ai abondamment voyagé au Sénégal pour retrouver durant les vacances mes copains de classe, mais aussi parce que je faisais partie des Routiers (scouts) de Delafosse. Plus tard quand je suis allé en Europe, j’ai mis à profit mon séjour et les facilités de voyage et d’échanges offerts aux étudiants pour découvrir les pays limitrophes de la France. De retour au Sénégal, j’ai eu très vite l’envie de découvrir nos pays voisins : la Mauritanie, la Gambie, le Mali, malheureusement pas la Guinée, pays de ma prime enfance (Sékou Touré était toujours là avec ses chiens de garde). Je n’y suis retourné qu’en 1981 (pour Vues d’Afrique).

RGSC : Quel fut votre cheminement pour arriver au Canada ? Pourquoi l'avoir choisi ?

Quand j’étais jeune, le Canada c’était très loin ! Mon jeune frère a ouvert le chemin quand il est venu perfectionner l’art et la science du pilotage des avions à Cartierville. C’était durant l’Expo 67. Comme nous avions nos licences de radio amateur (6W8DQ) et qu’il y avait une station d’émission à l’Expo, nous avions de fréquentes conversations sur les ondes courtes et il nous racontait sa perception des grands espaces qu’il voyait des airs !

C’est là que la fascination pour le Canada a pris naissance.

Dans les années 70, il y avait beaucoup d’incertitudes au Sénégal surtout si on voulait demeurer hors du cercle des politiquement « déclarés » tout en restant un personnage public… et j’en étais un ! Alors, je me suis souvenu des grandes étendues du nord américain et j’ai fait mon choix !

RGSC : Quand êtes-vous arrivé au Canada et comment s'est passée cette arrivée?

Je suis arrivé à la fin du mois de Février 1973… J’ai tout de suite su qui était le Général Hiver. J’étais motivé, je suis passé à travers cette première épreuve et j’ai trouvé du travail comme réalisateur à Radio Canada International et ma première grande mission fut de couvrir avec l’équipe, la Superfrancofête de 1974 à Québec. Quelle expérience ! Je suis bien sûr passé par tous les problème des immigrants, à part le climat, trouver un bon appartement, s’équiper en conséquence et fonder sa famille (dans mon cas, ma deuxième famille; j’avais essayé déjà au Sénégal).

RGSC : Le Québec : quelles sont vos impressions?

J’ai tout de suite aimé le Québec, il faut dire que dès mon arrivée, j’ai été actif au niveau du « rapprochement interculturel » très important à l’époque; le Québec s’ouvrait au monde et à la francophonie ! J’ai gardé de nombreux amis Québécois avec lesquels j’ai partagé de grandes expériences humaines qui nous ont permis de bien se comprendre mutuellement. Nous avons partagé nos passions, nos rêves.

RGSC : Pourriez-vous nous présenter votre famille?

Mon épouse Aïssatou est d’origine Guinéenne et a grandi au Sénégal. Elle a également beaucoup voyagé aussi bien pour ses études que pour suivre sa famille qui était dans la diplomatie et plus tard son travail d’interprète de conférences. J’ai quatre enfants, béni de dieux, j’ai trois filles et un fils vivant tous ici au Québec. Il/elles sont tous adultes et autonomes.

RGSC : Votre épouse vous a fait un très grand cadeau, pourriez-vous nous raconter ?

Bien sûr, je n’arrête pas de la louer sur tous les tons, car Aïssatou m’a fait un don inestimable puisqu’en me donnant un de ses reins, elle m’a donné une ‘seconde hypothèque’ sur la vie. Que Dieu lui rende au centuple cette générosité ! Effectivement, il y a quatre ans, ma fonction rénale a commencé à décliner dangereusement et j’allais faire face à l’hémodialyse ! En bonne épouse, Aïssatou a rencontré mes médecins et a offert à mon insu de donner un de ses reins pour la transplantation ! Il se trouve que nous sommes biologiquement compatibles en plus de l’être matrimonialement… Elle s’est battue avec les toubibs qui craignaient un mouvement de pression de ma part et finalement les a convaincus que sa démarche était délibérée et sans obligations.
Voilà, maintenant je peux dire que « je l’ai sous ma peau » (au moins une partie.)

RGSC : Parlez-nous de votre domaine professionnel et des beaux projets qui ont jalonnés votre vie.

Quand je suis arrivé à Montréal, j’avais déjà fait mes ‘classes’ dans le métier de journaliste et en réalisation au Sénégal tout comme en France; je disais alors que je venais apprendre le pragmatisme et l’esprit de méthode nord-américains. Mon ouverture d’esprit m’a permis de m’insérer facilement dans l’équipe de Radio Canada International. De plus, curieux de connaître ‘mon nouveau pays’, je me suis porté volontaire pour tous les reportages au quatre coins du Canada et j’en ai fait des kilomètres en avion, auto, motoneige, bateau… Ce faisant, j’accumulais une grosse expérience canadienne. J’ai forcément développé une grande polyvalence puisque je couvrais aussi bien les sujets scientifiques, culturels, sportifs que l’anthropologie, la politique ou encore le développement. L’occasion m’a été donnée (en 1981-82) de faire le point sur toutes ces expériences quand j’ai été invité à aller donner un cours de journalisme et d’expression radiophonique au CESTI (Centre des études des sciences et techniques de l’information) de l’Université C.A. Diop de Dakar. La boucle se bouclait pour la première fois, je pouvais enfin partager avec une génération plus jeune, mes expériences, et me livrer à une réflexion ordonnée sur le chemin que j’avais parcouru.

RGSC : Quels sont vos intérêts et passions ? Qu'aimez-vous particulièrement?

Outre ma famille, je mettrais en tête la nature; je ne me considère pas comme un écolo acharné, je suis bien dans la nature et je "récolte" avec sagesse ce qu’elle m’offre. Je pratique la pêche et la chasse…aux grands gibiers comme aux migrateurs; des fois, cela crée une certaine commotion chez les Nemrod québécois…. quand ils me rencontrent dans les étendues enneigées et désertiques de la Baie James par –40C en train de poursuivre les caribous!

J’ai fait ma carrière comme journaliste, animateur et réalisateur en radio. Ce métier m’a permis de me réaliser comme communicateur. Je suis arrivé à Radio Sénégal avec le première vague des Sénégalais qui, à l’indépendance, ont pris la relève des Français qui servaient dans leur ancienne colonie. Mes études scientifiques m’ont d’abord permis de vulgariser efficacement des connaissances en sciences pour un auditoire avide d’apprendre. Mon amour de la musique et ma fougueuse jeunesse m’ont fait animer avec grand succès pendant des années INTER JEUNES VARIÉTÉS qui fut longtemps un point de référence sur la musique soul et le R’N’B. Le microphone semblait être un appendice naturel de ma personne ! J’ai toujours cette flamme et cet amour du public quand j’ai un micro et un auditoire devant moi

L’aviation m’a toujours fasciné. À Dakar, j’étais membre de l’Aéro-club de Dakar. J’ai appris à construire et faire voler des modèles de planeurs et de moto modèles, puis j’ai eu l’occasion de piloter des vrais avions légers. J’ai semé cette passion de l’air dans ma famille et deux de mes jeunes frères sont devenus des pilotes de jet commerciaux. Tous les deux ont eu leur formation de pilotes commerciaux ici au Québec… C’est l’un de ces frères, d’ailleurs, qui m’a incité à visiter le Canada et j’y suis toujours !

Mon autre passion, c’est le cinéma. J’ai eu la chance d’assister et de participer en quelque sorte à la naissance du cinéma sénégalais. Arrivé au Canada, j’ai fait partie du groupe qui a créé les Journées du cinéma africain et créole (Vues d’Afrique) qui vient de clore sa 21ème édition qui rendit hommage au cinéma sénégalais. J’ai aussi participé, comme acteur, à cinq films. J’écris des scénarios et je fréquente les festivals de cinéma.

RGSC : Il semble que vous aimez beaucoup faire la cuisine…

Là, c’est purement par gourmandise ! Mes deux ‘mères’ étaient d’excellentes cuisinières et j’ai toujours mangé une variété de bons plats, même quand les choses étaient difficiles au pays. Plus tard, étudiant en France, ma bourse ne me permettait pas de m’asseoir à la table de la réputée bonne bouffe française et j’avais horreur de la bouillie des restau-u! Alors, j’ai commencé timidement et laborieusement à apprendre à me faire ma propre nourriture. Puis, j’ai travaillé pour arrondir la bourse dans des cuisines de restaurants me faisant copain avec des vrais chefs qui m’ont vite appris les rudiments de base d’une bonne cuisine… ensuite le goût, la curiosité et le succès auprès des copains et copines ont fait le reste ! Mais jamais je n’ouvrirais de restaurant à moi… c’est certainement l’un des métiers les plus durs !

RGSC : Quelles sont vos idoles? Quelles personnes admirez-vous profondément?

Philosophiquement, je ne crois pas à l’idolâtrie, je peux dire qu’il y a des personnes qui m’ont impressionné et dont j’ai essayé de retenir les enseignements. J’ai beaucoup admiré Léopold Senghor et Cheikh Anta Diop même si leurs credo politique divergeaient, Nelson Mandela m’a impressionné par son courage politique et son attachement à son engagement tout comme Martin Luther King d’ailleurs. Sur le plan cinéma, les noms de Ousmane Sembène, Djibril Diop Mambety Safi Faye et Johnson Traoré reviennent souvent dans mes cogitations; j’aurais aimé pouvoir admirer chez moi des tableaux de Bocar Diong, Ibou Diouf ou Viyé Diba; en musique incontestablement Otis Redding et James Brown m’ont toujours accompagné suivis de Bob Armstrong (Guinéa Jazz Band) et Dexter Johnson (Star Band de Dakar) qui m’ont initié par leur musique aux nuits de Dakar ! Des femmes de tête de chez nous ont fait de moi l’homme que je suis devenu : Hadja Fatime Ndiaye ma mère, Annette Mbaye D’Erneville à la couronne d’argent l’écrivaine Nafissatou Niang, Christiane Diop de Présence Africaine.

RGSC : De quelle façon avez-vous entendu parler du RGSC ? Comment vous y êtes-vous intéressée?

Je fais partie des anciens Sénégalais de Montréal qui ont fondé avec le leadership de Bara Mbengue de Mountaga Diallo et de Pape Diop la première association des Sénégalais à Montréal; avec l’évolution, la naissance du RGSC était tout à fait naturelle et adéquate. Le RGSC fait du bon travail et je les encourage a persévérer.

RGSC : Enrichi de votre expérience personnelle, quels conseils donneriez-vous aux nouveaux arrivants?

Il y a beaucoup de choses à dire à ce chapitre. D’abord au Sénégal on a la tradition du « donner et du recevoir », nous sommes les champions de la Téranga; il ne faut pas perdre ces notions de vue. À partir du moment qu’on a choisi de vivre dans un autre pays, la moindre des choses est « d’apprendre » ce pays qui va devenir le nôtre à brève échéance. C’est à nous de créer les conditions qui vont faciliter une adaptation harmonieuse. Le grégarisme et le retournement sur soi ne faciliteront pas les choses. On sait au départ qu’on a choisi un pays au climat rude; il faudra vivre avec ce climat et non pas contre lui ! (un ennemi de moins !) Au niveau de la société dans laquelle on évolue, on aura souvent à faire face à des individus très ignorants de nos us et coutumes (tout comme nous le sommes des leurs d’ailleurs!) Un pont de bonne volonté doit être jeté qui permettra une compréhension mutuelle. Pour le travail qui est la partie la plus difficile pour tout immigrant (noir ou autre) qui arrive au Québec, il faut s’assurer d’avoir toutes les armes et outils avec soi pour défendra sa candidature. Nous sommes très orgueilleux de nature, mais il faudra au début accepter parfois des conditions qui ne sont pas idéales afin d’avoir au moins le pied à l’étrier et une fois qu’on est dans la place, la diligence, les compétences personnelles seront mises en valeur et permettront aux employeurs d’avoir une autre vision sur nous au delà des idées reçues. Le Québec est un beau pays et, malgré ce qu’en disent certains, chacun peut y créer sa niche. Dites-vous qu’au bout du compte, nous allons changer sans perdre notre identité mais tout seul, c’est illusoire de croire que l’on imposera une vision unique (et peut-être déraisonnable).

Finalement, écoutez ce que vous disent ceux qui vous ont précédés dans ce pays tout en vous gardant des idées noires et négatives de ceux qui ne s’adapteront jamais nulle part (fut-ce au Sénégal même). Rien ne vaut sa propre expérience.

RGSC : Quel message aimeriez-vous communiquer à l’ensemble des sénégalaises et sénégalais qui sont au Canada?

Mon message sera un message de fraternité. Toutes les communautés culturelles montrent une grande cohésion et leur présence au Québec est remarquée et certaines de ce communautés sont très efficaces et deviennent des partenaire notables avec lesquels les dirigeants sont obligés de compter. Nous devons nous en inspirer, le RGSC a commencé un travail de rapprochement avec les autres Africains; cette démarche doit être soutenue par toute la communauté afin que nous devenions en tant que groupe une force de par notre présence.

J’ose aussi lancer une pierre dans le marigot : nous vivons au 21ème siècle et nous sommes en Amérique du Nord. Nos compagnes doivent recevoir le traitement qui leur est dû. Ici, les femmes n’ont pas le soutien familial qu’elles ont au pays donc, nous sommes généralement, nous les maris, les frères, leur seul support; nous leur devons aide et assistance, nous devons les respecter, les considérer égales à nous et ensemble, travailler à s’intégrer dans ce pays afin qu’elles ne soient pas seulement des spectatrices muettes qui n’auront pas autre chose à raconter au pays que les programmes qu’elles voient à la télé. Ce n’est pas parce qu’elles apprendront à vivre avec une certaine liberté en Amérique du nord qu’elles perdront leurs valeurs, bien au contraire; elles seront nos partenaires dans toutes les démarches que nous entreprendrons, nos chances seront doublées et vous serez étonnés de la rapidité avec laquelle nos sœurs comprennent le système, le maîtrisent et le met à notre profit commun.

RGSC : Parlez-nous de votre vision du Sénégal d'aujourd'hui et de demain

Je ne veux pas étaler ici mes convictions politiques, mais je peux dire que je suis, comme certainement de nombreux Sénégalais de l’étranger, très attentif à propos de la situation qui prévaut chez nous. Il y avait beaucoup d’espoirs… j’espère que la déception ne sera pas notre lot. Le monde parfait n’existe pas et seul le temps permet de porter un jugement. Notre pays demeure encore un pays jeune et bien que nous ayons été épargnés par les grosses calamités politiques ou autres, il ne faudrait pas que l’on permette que le désordre entre dans la maison. Toutefois, je vois de nombreux jeunes Sénégalais diplômés, avec une conscience politique et sociale bien ancrée qui seront les prochains décideurs. Leur expérience à l’étranger devrait faire la différence cette fois. Leurs pères et mères n’avaient peut-être pas acquis cette maturité quand ils ont pris les rênes à leur tour… je suis un éternel optimiste !

RGSC : Quels sont vos rêves, vos ambitions et vos projets?

D’abord pour notre communauté, je rêve d’une plus grande cohésion, une entente sans arrière-pensées, je rêve d’une plus grande présence de notre pays ici (au Québec et au Canada). Nous avons de nombreuses réalisations dont nous pouvons êtres très fiers que nous aurions intérêt à montrer à nos nouveaux compatriotes d’Amérique du nord. Nos hommes et femmes d’affaires auraient aussi un grand intérêt à travailler plus assidûment à créer un flux commercial vers le Canada. Mon ambition est de voir nos jeunes Séné-béquois prendre leur place à la barre des plus grandes institutions de ce pays qui est maintenant le nôtre !

En terme de projets, j’en ai beaucoup et il est plus facile d’en parler quand on les a menés à terme ! Toutefois, Vues d’Afrique que nous avons créé il y a 22 ans continuera son chemin et suivra toujours sa mission de faire connaître par des manifestations publiques les cultures de notre continent d’origine. Nous allons greffer de nouvelles activités qui augmenteront notre rayonnement et l’on parlera toujours d’Afrique ici. Ce que je regrette, c’est de ne pas avoir assez de jeunes compatriotes qui s’intéressent assez à l’organisme pour venir participer, amener des idées novatrices et pousser les « vieux » dinosaures que nous sommes pour prendre la place. La porte est ouverte et c’est un défi que je lance aux jeunes !

Merci d’avoir pris le temps de lire mes élucubrations… je les partage et je les assume!

RGSC :

Un grand merci Ousseynou d’avoir bien voulu participer à cette entrevue et d’avoir accepté de vous livrer ouvertement au profil de nos lecteurs sénégalais et sénégalophiles. Merci de nous avoir permis de vous connaître mieux.

Au nom du Bureau Exécutif et du Conseil d’Administration, nous vous redisons merci pour votre attachement envers le RGSC et toute notre gratitude de bien vouloir animer bénévolement certaines de nos soirées. Votre professionnalisme rehausse la qualité de ces soirées. Nous vous en remerçions.

Votre expérience et votre vécu en Terre Québécoise sont des éléments de motivation pour beaucoup de sénégalais(es). Merci encore une fois d'avoir bien voulu partager avec nous, "À coeur ouvert" !

Propos recueillis par Julie "Bintou" Bienvenue webmaster@rgsc.ca


vendredi 18 septembre 2009

« Vous habitez le Congo, moi le Congo m’habite » Tchicaya U Tam’si

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Depuis que j'ai lu cette citation Chez Gangoueus, cette phrase n'a cessé de me faire cogiter... jusqu'à ce que je trouve cet excellent article sur Africultures et maintenant, tout s'explique !

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Ecrire le Congo à partir de l'ailleurs : Tchicaya U Tam'si

par Boniface Mongo-Mboussa

"Vous habitez le Congo, le Congo m'habite". C'est ainsi que le poète Tchicaya U Tam'si répondait à ceux de ses compatriotes qui l'incitaient à rentrer au pays. A l'époque, cette jolie formule, nous paraissait comme une pirouette intellectuelle ; aujourd'hui, force est de saluer sa pertinence.

Bien qu'ayant séjourné près de quarante ans en France, Tchicaya U Tam'si n'a cesser de chanter le Congo. De Epitomé (1962) au Bal de N'dinga (1988), son œuvre littéraire est nourrie par une seule obsession : le Congo - une obsession liée à trois raisons.
- L'éloignement géographique : venu très jeune en France, Tchicaya U Tam'si, déçu par la "maigreur" de la Seine, rêve du majestueux fleuve Congo.
- La deuxième raison plusieurs fois évoquée par la critique est sa rencontre avec le nationaliste Patrice Lumumba. Marqué par la disparition du "prophète", comme le nomme joliment le cinéaste Raoul Peck, Tchicaya U Tam'si ne se remettra jamais de la mort du nationaliste congolais. De sorte qu'on pourrait dire qu'il a eu dans sa vie deux amours : e Congo et Patrice Lumumba. L'un ne va d'ailleurs pas sans l'autre.
- La troisième raison est d'ordre privé. Hanté par l'itinéraire de son père, Félix Tchicaya, premier député congolais au Palais-Bourbon, Tchicaya essayera plus tard, après la mort de celui-ci, de faire fructifier poétiquement l'héritage politique et historique de son père à travers un grand travail de mémoire. Evoquant le sens de son projet romanesque, lors d'un entretien avec le dramaturge Tandundu Bisikisi, Tchicaya dit : "Ce que j'ai voulu dès le départ, c'est écrire un roman typiquement congolais, trempé dans l'histoire du Congo, pour me faire une mémoire, parce que j'avais besoin de cette mémoire. Car je n'arrivais pas à savoir d'où je venais, où j'allais et ce que faisais là." (1)
Il y a dans cette soif de mémoire chez Tchicaya U Tam'si deux paliers. Le palier public, celui d'un ex-colonisé en quête d'identité s'interrogeant sur l'histoire de son pays et le palier "intime", qui relève de l'histoire individuelle. Plus que tout autre Congolais, Tchicaya est fasciné par la période historique qui précède les Indépendances pour la simple raison qu'il est le fils du député Jean-Félix Tchicaya, le premier parlementaire congolais à siéger au Palais Bourbon sous la IVe République française aux côtés de Félix Houphouët-Boigny, Léopold Sédar Senghor et Gabriel Lisette. Il s'agit pour lui de s'interroger sur ce qu'aurait été le destin de son pays si le PPC (Parti Progressiste Congolais) fondé par son père Jean-Félix Tchicaya avait recueilli l'Indépendance comme l'ont fait Senghor, Houphouët, Léon Mba, etc. "Le Congo, dira-t-il à Roger Chemain, c'était la quête politique de mon père, c'est aussi la mienne."
Dans son livre intitulé Regards sur l'autre à travers les romans des cinq continents (1993), Michel Nauman présente le départ de Tchicaya U Tam'si de la maison parentale à Paris dans les années 50 comme une prise de distance "vis-à vis d'un parti (le PPC) qui devait son image de gauche à l'alliance communiste et à l'hostilité de l'administration coloniale". Cette thèse me paraît discutable. La vie de bohème menée par Tchicaya U'Tam'si dans les années 50 à Paris a été davantage l'expression d'une révolte d'adolescent contre son père, contre l'autorité tout court qu'une protestation politique. Il suffit de lire les déclarations faîtes par Tchicaya U Tam'si lui-même pour s'en convaincre. Dans une interview accordée en 1966 à Mohamed Bahri, il dit : "J'étais rebelle, j'ai quitté les bancs de l'école plus tôt qu'il n'aurait fallu ; c'était une rébellion, comme on dirait, contre mon père, mais aussi contre mes maîtres qui ne m'ont pas appris grand-chose, et j'ai voulu apprendre tout par moi-même. Je ne sais pas si j'ai appris grand-chose, mais le monde est tellement pavé de prétentions…". (2)
Plus tard, il reviendra dans un entretien avec Roger Chemain sur cet épisode de sa vie pour dissiper définitivement tout malentendu : "Maintenant, il faudrait que je vous parle un peu de ma relation avec mon père. On a mal reproduit un certain nombre de propos que j'ai tenus au cours des interviews antérieurs. J'ai adoré mon père saintement. Je crois que tout enfant a eu ce sentiment de vouloir mourir avant ses parents. Et mon père est mort très tôt, hélas, avant que je ne puisse verbaliser la relation sans doute privilégiée que j'aurais pu avoir avec lui. Mon père est au Congo et sans doute en Afrique un homme très en avance de son temps. (…) Un homme pour qui j'aurai bien voulu mourir, parce qu'il avait sans doute beaucoup de choses à apporter. Si je me réfère à l'histoire de notre pays, il est tombé bien bas, faute de n'avoir pas eu cette force morale de dépassement." (3) Ces propos montrent bien que Tchicaya U Tam'si s'est interrogé sur le destin politique de son père, auquel il dédie son roman Les Phalènes et sur l'histoire de son pays en général.
En réfléchissant dans les années 90 sur les années postérieurs à la Deuxième Guerre mondiale, Tchicaya a voulu sans doute montrer, à l'instar de Mongo Beti que le centre de gravité de l'Histoire contemporaine de l'Afrique ne saurait être situé, comme on le fait souvent, en 1960, mais quelques années plutôt à l'époque de l'Union Française, puis de la Loi-Cadre, c'est-à-dire au moment précis où les Africains se trouvèrent à la croisée des chemins et où l'histoire aurait pu prendre un autre parcours.
Cette méditation sur le sens de l'Histoire du Congo et de l'Afrique est perceptible dans tous ses romans et particulièrement dans Les Phalènes, où il écrit une chronique historique et politique. Alors que l'action des Méduses a lieu à Pointe-Noire, poumon économique du Congo, celle des Phalènes se situe à Brazzaville, capitale de la France-Libre et de l'actuel Congo. Ce changement de lieu d'action du roman n'est pas gratuit. Il s'agit pour Tchicaya de donner tout de suite une orientation politique à son texte.
Par ailleurs, si dans Les Méduses l'atmosphère générale paraît tendue à cause des morts violentes d'Elenga et de Muendo, elle est en revanche détendue dans Les Phalènes. On est au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Les alliés viennent de gagner la guerre contre les fascistes, mais les anciennes puissances coloniales sont fragilisées. Désormais, plus rien ne sera comme avant. Les colonisés ont lourdement contribué à la victoire des alliés et vont sans doute revendiquer la liberté en échange de leur loyauté à l'égard de la "Mère-Patrie". La conférence de Brazzaville, organisée par De Gaulle et les gouverneurs généraux des colonies, sans bien entendu la présence des colonisés, a plaidé pour des réformes du système colonial. Sur le plan international, l'émergence de deux superpuissances invitent elle aussi à des réformes politiques des Empires coloniaux. Dans le cas de l'Empire colonial français, ces réformes vont être mises sur pied dans le cadre politique et juridique de l'Union française. On assiste alors à l'abolition de l'indigénat. Les anciens colonisés, qui passent du statut de l'Empire à celui de citoyen de l'Union française, peuvent désormais suivre le même enseignement que les Européens, participer à la vie politique dans le cas des évolués, etc.
Cette réflexion sur le destin du Congo, Tchicaya le prolonge dans son dernier roman, Ces fruits si doux de l'arbre à pain, publié en 1987 aux éditions Seghers. Son thème : la justice et les morts sans sépultures en Afrique post-coloniale et particulièrement au Congo-Brazzaville. Livre que l'on pourrait à considérer, au même titre que sa nouvelle Le Bal de N'Dinga, comme son testament littéraire et politique. Tout ceci confirme les propos du poète qui ouvrent cet article. Bien que vivant à Bézancourt, en France, Tchicaya était habité par le Congo.
Analysant la condition de l'écrivain latino-américain en exil, Julio Cortázar a eu cette pensée lumineuse : "Contre l'autocompassion, il vaut mieux soutenir, pour démentiel que cela paraisse, que les véritables exilés, ce sont les régimes fascistes de notre continent, exilés de l'authentique réalité nationale, exilés de la justice sociale, exilés de la joie, exilés de la paix. Nous sommes plus libres qu'eux et nous sommes plus qu'eux dans notre pays." (4)
Tchicaya U Tam'si n'aurait pas dit mieux.

Boniface Mongo-Mboussa

1. Bisikisi Tandudu, Les fiançailles, suivi de "J'ai mission de mourir", entretien inédit avec Tchicaya U Tam'si, Paris, L'Harmatan, 1997, p. 170.

2. Propos recueillis par Mohamed Bahri, Jeune Afrique du 24 avril 1966, cités par Claire Céa, dans sa préface au recueil de Tchicaya Epitomé.
3. Propos recueillis par Roger Chemain. Cf le disque consacré par RFI au poète.
4. Julio Cortàzar, Colloque de Cerisy, Paris, UGE 10 :18, 1980, p. 20.

mardi 15 septembre 2009

États-Unis: l'Inévitable Débat

US president Barack Obama: has he gone back on pledges made to black
America? Photograph: Michael Reynolds/EPA


Wow... Je n'ai jamais autant lu dans la presse américaine d'articles sur la question raciale que ces derniers jours. Cela avait déjà commencé en juillet dernier par cet article du New York Times "Job Losses Show Wider Racial Gap in New York", sur l'écart de plus en plus important entre le pourcentage de chômeurs noirs et le pourcentage de chômeurs blancs aux États-Unis, notamment à New York. Puis, depuis quelques jours, cela s'est intensifié. D'abord l'article de Maureen Down, "Boy, Oh, Boy", est parti de la sortie remarqué du congressman Joe Wilson qui a crié "You lie !" à son président, pour ensuite exprimer tout haut ce que beaucoup d'internautes pensent semble-t-il tout bas, à savoir que le racisme est encore intense dans cet immense pays (voir les quelques 840 commentaires). Maureen a donc ouvert les vannes le 12 septembre dernier, et voici une synthèse des réactions sur de journalistes et bloggeurs dans le texte du Opinionator (ici Eric Etheridge) intitulé "Is It Because He's Black ?".

Mais dans tout ceci, j'attendais toujours l'article d'un journaliste qui va dire tout haut ce que beaucoup de noirs doivent penser tout bas (je ne vais pas faire semblant que je n'en fais pas parti). Je l'ai finalement trouvé, il s'agit de l'article de Naomi Klein et il s'intitule "Obama big silence: The race question".

Car enfin, Obama nous parle de son métissage, demande en gros au jeunes noirs américains de ne regarder que l'avenir et de travailler; ensuite il va en Afrique, au Ghana, nous parle de son père Kenyan, dit aux présidents africains qu'ils ont intérêt à être de grands démocrates, et répète aux jeunes africains ce qu'il a dit aux jeunes noirs américains, etc. Je suis bien d'accord avec tout ça, mais je ne peux pas m'arrêter à ça et applaudir, il y a des omissions qui sont quand même notables et qui me dérangent. Pendant ce temps, à cause de la crise, le pourcentage de chômeurs noirs est aujourd'hui encore beaucoup plus élevé que celui des chômeurs blancs; c'est un ministre des affaires étrangères français qui donne son avis dans la presse sur le degré de liberté des élections d'un pays africain comme le Gabon même si une partie de la population n'est pas d'accord (voir ici), etc. Moi je veux bien qu'on parle moins (personnellement j'en parlerais jusqu'à mon dernier souffle pour le devoir de mémoire) de l'esclavage, de la colonisation et de la néo-colonisation. Et je suis aussi d'accord que l'avenir (et même le présent...) de l'Afrique est entre les mains des Africains - sauf que j'ajoute que ces derniers le savent depuis toujours puisqu'ils se débrouillent bien pour vivre ou survivre, ils n'ont pas besoin qu'un président étranger le leur dise (j'en ai parlé ici). Donc je suis d'accord avec tout cela, partage des responsabilités et tout et tout. MAIS, de là à faire table rase, et faire comme si les problèmes d'aujourd'hui n'ont pas du tout des racines dans nos activités d'hier... Tant que tous les abscès n'auront pas crevé et que les uns et les autres n'auront pas assumé complètement leur histoire tout entière - pas seulement l'histoire officielle mais aussi la populaire - eh ben on n'ira nulle part.

Obama a aujourd'hui le choix entre rester dans l'Histoire comme un homme politique tout court ou rester dans l'Histoire comme un défenseur de l'égalité des hommes. Il a le droit de choisir la première option et à aucun moment il n'a promis qu'il penchera pour la seconde (il n'a jamais dit "Yes I will", mais bien "Yes we can", formule démagogique par définition puisqu'évidemment nous pouvons tout faire, même être les maîtres de l'univers si nous le souhaitons et si nous nous donnons quelques milliards d'années). D'ici là, je trouve abusives les comparaisons du 5 novembre à Martin Luther King, Nelson Mandela, et autres grandes figures mythiques de la lutte contre les inégalités raciales.

Dans tout ça, quelle est mon opinion ? Je trouve qu'Obama est un homme politique doué, voir surdoué, il a des valeurs en matière de politique intérieure qui sont proches des miennes, son parcours est intéressant à suivre. Bon, il y a le fait que les fondements institutionnels des États-Unis sont tellement forts que leur président n'a pas tant de pouvoir que ça, mais Obama essaie d'atteindre ses objectifs avec les moyens dont il dispose et c'est bien pour son pays. C'est aussi un excellent orateur. Mais pour moi, quand il parle de race ou de l'Afrique, c'est moins intéressant, parce qu'avec sa position de rassembleur, il fait tout pour ne rien dire en somme. Lui-même essaie d'en parler le moins possible, mais sa situation fait qu'il est obligé de le faire quand même un peu.

Je n'ai toujours pas compris la réaction des gens aux lendemains des élections. Pour les Noirs Américains, et les démocrates américains de tout bord, c'est tout à fait compréhensible, mais pour le reste du monde... Pour la question de la race (puisque c'est définitvement au menu des débats, plus personne ne peut le nier), disons que j'aime les choses concrètes. Je suis née dans un pays où le président était noir à ma naissance, donc de ce point de vue là il n'y a rien de nouveau. On me dira "c'est la première fois qu'un président américain est noir", oui mais et alors ? Cela ne signifie pas a priori que tout va changer pour les Noirs (comme la diminution des écarts entre les taux de chômeurs selon la race). Nous sommes dans un processus qui a commencé avec des gens qui ont donné leurs vies en Afrique et en Occident pour qu'un Obama puisse être adulé aujourd'hui, et d'abord on ne parle pas suffisamment de ces gens là (exemple, qui connaît vraiment Lat Dior ?). Ensuite, ce processus est très loin d'être achevé, cela va prendre encore plusieurs générations et d'ici là, avec ou sans crise, il faut vivre, aller à l'école, trouver un travail, payer son loyer, ses factures, et ce n'est pas Obama qui va faire tout ça. Une chose est sure, c'est que les Noirs Américains qui vivent dans les rues de leurs ghettos savent déjà ça et les jeunes Africains qui prennent les pirogues pour pouvoir travailler en Europe et aider leurs familles au péril de leurs vies le savent aussi. Obama est une manifestation d'un effort communautaire qui a été déployé, il n'est pas la source de cet effort. La source de cet effort, c'est cette humanité que partage les gens de tous bords qui ont une conscience sociale et vont jusqu'au bout de leur combat. À ces gens-là je dis merci. Et surtout, je me moque de leur couleur.

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La Ruée vers la terre

J'avais commencé à parler de ce nouvel enjeu mondial qu'est la recherche de terres arables sur ce billet: Hunger !

Voici un article (avec vidéo à l'appui sur le site web) qui montre comment cela se passe concrètement avec l'exemple du Cameroun:

http://www.cameroon-info.net/stories/0,25426,@,razzia-chinoise-sur-terres-camerounaises-video.html


Razzia chinoise sur terres camerounaises (Video)


PARIS - 12 SEPT. 2009
Patrick FANDIO, ARTE | Correspondance


Après le pétrole, les minerais, les Chinois à la conquête des terres agricoles africaines... Exemple au Cameroun.

Au bord de la Sanaga, l’un des plus longs fleuves d’Afrique qui irrigue les terres du Cameroun sur plus de 900 kilomètres, le Professeur Tchang et les hommes du groupe IKO font désormais partie du décor du village de Ndioré et de la ville de Nanga Eboko.

La présence de ces Chinois n’a plus rien d’incongru pour les villageois qui les ont vus débarquer il y a trois ans pour exploiter « leurs » terres. La Chine convoite ainsi près de 14.000 hectares dans la région pour y faire pousser maïs, riz, soja, manioc, construire une usine de transformation et un centre pilote de formation…

Elle y a déjà dépêché ses experts et des ouvriers agricoles en attendant la signature d’un contrat foncier avec l’Etat camerounais. Un accord qui permettra aux chinois de disposer gratuitement de ces terres. En contrepartie, ils promettent de produire massivement des céréales vendues sur le marché local, à un prix abordable espèrent les Camerounais. Les paysans locaux qui leur servent désormais de main d’œuvre, à 1,50 € la journée de travail, ont dû quitter ces terres où ils pratiquaient une petite agriculture de subsistance.

Dans l’ouest du pays, dans la région de Santchou, c’est une ancienne usine de décorticage de riz, laissée à l’abandon, qui est la prochaine cible du même groupe chinois IKO, un de ces conglomérats agricoles lancés à la conquête des terres agricoles africaines avec la bénédiction et l’appui du plus haut sommet de l’Etat à Pékin.

Le président Hun Jintao encourage cette offensive agricole qui pourrait apporter une solution à la disparition des surfaces agricoles chinoises causées par l’industrialisation galopante, et offrir des terres lointaines aux millions de paysans qui en sont privés en Chine.

Au Cameroun, les Chinois pourraient, à terme, contrôler la chaîne de production céréalière du pays. C’est précisément ce que redoutent des ONG internationales qui dénoncent l’accaparement des terres des pays pauvres par la menace de leur souveraineté alimentaire. Par ces temps de crise, la terre est devenue une ressource stratégique…

lundi 14 septembre 2009

La croissance n'est pas une mesure du bien-être...

... mais bien une mesure de la production économique. C'est ce qui est enseigné dans les cours d'économie à l'université depuis belle lurette, mais en économie, l'écart entre la recherche (donc ce qui s'enseigne) et ce qui se fait concrètement sur le terrain dans nos organismes et institutions est inouï. Il existe même de nos jours des études économiques qui essaient de mesure le bonheur en tenant compte d'une multitude de facteurs autre que l'augmentation des zéros dans notre compte bancaire. En effet, combien de steaks peut-on manger par jour ? À un moment donné, ce n'est plus l'augmentation du Produit Intérieur Brut - PIB - (donc ce n'est plus le fait d'avoir un taux de croissance positif très important) qui augmente le bien-être des populations. Déjà il y a la façon dont les revenus générés par cette production sont redistribués. Parce que lorsqu'on se gave tout seul avec ses steaks pendant que notre voisin a faim, sachant qu'il a lui aussi participé d'une manière ou d'une autre au processus qui a acheminé le steak sur notre assiette ben... il ne faut pas s'étonner que l'idée de nous cambrioler lui passe par la tête. Résultat: augmentation de l'insécurité qui nous oblige à habiter plus loin dans une maison baricadée, etc.

Nous sommes d'accord que nous ne voulons pas de la pauvreté, que la croissance et la concurrence privée ce sont de bonnes choses et que nous voulons organiser régulièrement des élections pour que le peuple désigne lui-même ses dirigeants, bref nous acceptons le capitalisme et la démocratie. Mais chaque année, une fois que la croissance est réalisée, pourquoi ne pas s'asseoir à la même table, manger ensemble et réfléchir ensemble à comment vivre encore mieux l'année suivant ? Pourquoi ne pas utiliser le capitalisme au lieu de le laisser nous utiliser ? C'est ce que les défenseurs de la social-démocratie tentent de faire passer dans leurs théories. En pratique, seuls les pays scandinaves arrivent à des réalisations satisfaisantes. Pourquoi je vous parle de tout ça ? Parce que j'ai lu cet article ce matin, sur le rapport du Prix Nobel Stiglitz à Sarkozy, intitulé «Stiglitz veut mesurer le «bien être» pour mesurer la croissance»:

http://www.liberation.fr/economie/0101590861-stiglitz-veut-mesurer-le-bien-etre-pour-calculer-la-croissance?y=1

En espérant que cette crise nous poussera à accepter des réformes. Sinon nous retournerons très vite dans ce fond dont nous essayons déjà très mal de nous extirper.

samedi 12 septembre 2009

Une Histoire Populaire des États-Unis



Je faisais mes courses cet après-midi et après être sortie de la boulangerie, je me suis dit, tiens, et si je faisais un tour à la librairie - mais je n'achète rien (en théorie !). En me promenant entre les rayons, je tombe sur un bouquin avec la fameuse photo "Lunch Atop a Skyscraper" comme couverture. C'est écrit: "Une Histoire Populaire des États-Unis" de Howard Zinn et évidemment ça passe direct à la caisse ! C'est du déjà connu dans les très très grandes lignes, en effet l'auteur nous raconte en fait l'Histoire de cette puissance mondiale mais vu du côté des dominés - pour changer de l'histoire officielle, et pour changer tout court. Mais ce qui est différent ici c'est que Zinn va dans le détail, un détail qui est loin d'être rose (plutôt rouge populaire, ou rouge révolutionnaire), mais surtout basé sur des faits historiques et publics - si on a le temps de fouiller. Et... bon allez, pour avoir une meilleure idée de cette brique de près de 800 pages, lisez ceci:

http://www.france.attac.org/spip.php?article1641

Bonne lecture !

mercredi 9 septembre 2009

Vers une ère post-raciale ? Seulement quand plus de parents auront le courage de parler de race à leurs enfants !



Une excellente étude publier par Newsweek:

http://www.newsweek.com/id/214989/page/1

Vous pouvez aussi cliquer sur le titre de ce biellet pour lire l'article qui est long, mais je vous recommande très très vivement d'aller jusqu'au bout, vous n'allez pas du tout le regretter, je vous le promets.


Personnellement, j'ai fait mon école primaire dans l'un des établissements les plus multiculturels de l'Afrique de l'Ouest (http://fr.wikipedia.org/wiki/Cours_Sainte-Marie_de_Hann). Cela ne m'a pas empêché de me rendre compte avant l'âge de six ans que j'étais noire et que certains de mes amis étaient blancs. Eux aussi savaient qu'ils étaient blancs (ils étaient même la minorité visible). Mais on ne parlait jamais de ça, d'un côté comme de l'autre. Et bien que je ne savais pas ce que cela pouvait bien signifier, la différence était là, bel et bien là. Puis ça ne s'arrêtait pas à la couleur de la peau. Je m'en rendais compte aussi lorsque le peigne passait bien dans les cheveux de mes copines blondes, bien dans les cheveux de ma poupée Barbie et m'arrachait des cris quand il passait dans les miens ! Adulte, après le passage habituelle au défrisage, j'ai décidé de garder mes cheveux en afro avec leurs boucles et de n'y passer un peigne que de manière sporadique quand ils sont mouillés. La majeure partie du temps, je les démêle avec mes doigts en les vaporisant avec un peu d'eau et en ajoutant une lotion à base d'huile d'olive, et c'est tout. Je m'en porte mieux et ça ne dérange personne là où je suis. Mais le chemin mental à parcourir fut long et ardu ! Et je sais toujours que je suis noire, tous les Noirs savent toujours qu'ils sont noirs et tous les Blancs savent encore qu'ils sont blancs. Ne pas en parler ne règle rien du tout.